Le silicium est le deuxième élément le plus abondant de la croûte terrestre, et pourtant l’un des minéraux les moins connus de notre assiette. Présent dans l’os, la peau, les cheveux et la paroi des artères, il accompagne la fabrication du collagène et la minéralisation du squelette. Depuis 2002, plusieurs cohortes et quelques essais cliniques ont mesuré ses effets chez l’humain. Voici ce que montrent les études sur les os, la peau et les artères, les apports moyens en Europe et les formes réellement absorbées.
En bref – Le silicium est un oligo-élément présent dans les tissus conjonctifs (os, cartilage, peau, artères) où il participe à la synthèse du collagène et des glycosaminoglycanes. Dans la cohorte Framingham Offspring (2 847 adultes), les apports supérieurs à 40 mg par jour s’accompagnent d’une densité osseuse de hanche plus élevée de 10 % que les apports inférieurs à 14 mg. Cet écart concerne les hommes et les femmes avant la ménopause. Deux essais randomisés avec 10 mg par jour ont réduit la rugosité de la peau de 16 à 19 % en 20 semaines et préservé la résistance des cheveux fins sur 9 mois. Sur les artères, l’hypothèse protectrice date de 1977 et repose sur des données animales et écologiques, sans essai clinique humain. Un adulte en consomme 25 à 33 mg par jour, surtout via les céréales complètes, les haricots verts, les bananes et certaines eaux minérales.
Silicium : définition et formes présentes dans l’organisme
Le silicium que l’organisme utilise est l’acide orthosilicique, une petite molécule soluble dans l’eau, notée Si(OH)4. Cette forme traverse la paroi intestinale sans transformation, circule dans le sang, puis s’élimine en quelques heures par les reins. Les formes solides et polymérisées (silice, sable, quartz) ne sont pratiquement pas absorbées et n’ont pas d’intérêt nutritionnel, comme le rappelle la revue de Martin 2007.
Le corps humain contient environ 7 grammes de silicium, soit davantage que de fer. Les concentrations les plus élevées se trouvent dans les tissus riches en collagène : os, cartilage, tendons, peau, cheveux, ongles, et surtout la couche interne des artères, l’intima. Le statut officiel de ce minéral reste prudent. L’Anses ne lui attribue aucune référence nutritionnelle, et l’EFSA n’a pas pu fixer de limite de sécurité faute de données. Le chercheur américain Forrest Nielsen propose dans sa synthèse de 2014 un apport de l’ordre de 25 mg par jour comme repère raisonnable (Nielsen 2014), sans que ce chiffre ait valeur de recommandation officielle.
Comment le silicium agit sur le collagène et la minéralisation
Le silicium agit d’abord comme un agent de réticulation : il relie entre elles les chaînes de collagène et de glycosaminoglycanes qui forment la trame des tissus conjonctifs. Cette fonction a été mise en évidence dès 1972 chez le poussin, dont les os et le cartilage se forment mal en cas de carence (Carlisle 1972, Science). Chez l’humain, la revue de Jugdaohsingh 2007 résume quatre mécanismes documentés :
- Synthèse du collagène de type I : l’acide orthosilicique stimule la production de collagène par les ostéoblastes et les fibroblastes en culture, et augmente l’activité de la prolyl hydroxylase, enzyme indispensable à la stabilité du collagène.
- Minéralisation osseuse : le silicium se concentre dans les zones de calcification active du jeune os, là où le calcium se dépose sur la trame de collagène.
- Protection contre l’aluminium : l’acide orthosilicique se lie à l’aluminium dans l’intestin et limite son absorption, ce qui réduit son accumulation dans les tissus.
- Différenciation cellulaire : en laboratoire, des concentrations physiologiques d’acide orthosilicique favorisent la maturation des ostéoblastes, les cellules qui construisent l’os.
Ces données expliquent pourquoi les effets observés chez l’humain concernent les trois tissus où le collagène domine : l’os, la peau et la paroi artérielle. Elles n’autorisent pas, en revanche, à parler de carence chez l’adulte en bonne santé, car aucun tableau clinique de déficit n’a jamais été décrit chez l’humain.
Ce que dit la science sur les os, la peau et les artères
Les preuves ne sont pas de même niveau pour les trois organes. Les os bénéficient de deux grandes cohortes et d’un essai randomisé, la peau de deux petits essais contrôlés, les artères d’hypothèses et de données animales. Le tableau résume les études humaines de référence.
| Tissu | Étude (année) | Participants | Résultat mesuré |
|---|---|---|---|
| Os | Jugdaohsingh 2004, cohorte Framingham Offspring | 2 847 adultes de 30 à 87 ans | Densité de hanche jusqu’à 10 % plus élevée dans le quintile d’apport le plus haut (hommes et femmes non ménopausées) |
| Os | Macdonald 2012, cohorte d’Aberdeen | 3 198 femmes de 50 à 62 ans | Col du fémur 2 % plus dense dans le quartile d’apport le plus haut, effet visible seulement en présence d’œstrogènes |
| Os | Spector 2008, essai randomisé 12 mois | 136 femmes ostéopéniques | Hausse du marqueur de formation du collagène osseux (PINP) à 6 et 12 mg par jour, densité lombaire inchangée |
| Peau, ongles, cheveux | Barel 2005, essai randomisé 20 semaines | 50 femmes, peau photo-vieillie | Rugosité cutanée réduite de 16 à 19 %, ongles et cheveux moins cassants |
| Cheveux | Wickett 2007, essai randomisé 9 mois | 48 femmes, cheveux fins | Perte de charge à la rupture limitée à 2,2 % contre 10,8 % sous placebo, section du cheveu épaissie |
| Artères | Schwarz 1977, Lancet | Données animales et écologiques | Hypothèse d’un rôle protecteur, jamais testée par essai clinique humain |
Os : une association solide, un effet causal encore à confirmer
La densité osseuse augmente avec l’apport en silicium chez les hommes et les femmes avant la ménopause, d’après l’analyse de 2 847 participants de Framingham (Jugdaohsingh 2004). L’écart atteint 10 % à la hanche entre les apports supérieurs à 40 mg par jour et ceux inférieurs à 14 mg par jour. Ce résultat tient après ajustement sur le calcium, la vitamine D, l’activité physique et l’alcool. L’étude écossaise d’Aberdeen, menée sur 3 198 femmes de 50 à 62 ans, précise un point décisif : l’association ne persiste après la ménopause que chez les femmes sous traitement hormonal (Macdonald 2012). Les œstrogènes semblent nécessaires à l’action de ce minéral sur l’os.
Ces cohortes décrivent des associations, pas une preuve de causalité. Le seul essai randomisé de taille correcte a suivi pendant 12 mois 136 femmes ostéopéniques déjà supplémentées en calcium et vitamine D3. Il a montré une hausse du marqueur PINP de formation du collagène osseux, mais aucune variation significative de la densité lombaire (Spector 2008). Une analyse secondaire suggérait un bénéfice au col du fémur chez les femmes les plus fragiles, à la dose de 6 mg. Ce minéral s’ajoute donc aux leviers de la santé osseuse décrits dans le dossier ostéoporose de l’Inserm, sans remplacer le calcium, la vitamine D, les protéines et l’exercice en charge.
Peau, ongles et cheveux : deux essais contrôlés de petite taille
Dix milligrammes de silicium par jour pendant 20 semaines ont réduit la rugosité de la peau de l’avant-bras de 16 à 19 % chez 50 femmes à la peau photo-vieillie (Barel 2005). Sous placebo, elle augmentait de 8 à 11 %. Les participantes signalaient aussi des ongles et des cheveux moins cassants. Le second essai, sur 48 femmes aux cheveux fins suivies 9 mois, a mesuré une perte de résistance à la rupture limitée à 2,2 % contre 10,8 % sous placebo (Wickett 2007). La section du cheveu s’était aussi épaissie. Ces résultats sont cohérents avec son rôle dans la trame de collagène, mais ils reposent sur une centaine de femmes au total et sur une seule forme de complément. Pour comprendre ce que la peau attend réellement de ce collagène, notre article sur le collagène et la peau détaille les données disponibles.
Artères : une hypothèse ancienne, toujours sans essai humain
Aucun essai clinique n’a montré que le silicium protège les artères chez l’humain. L’hypothèse remonte à l’article de Klaus Schwarz dans le Lancet (Schwarz 1977). Il notait des concentrations exceptionnellement élevées de silicium dans l’intima artérielle, et plus faibles dans les artères athéromateuses. Il proposait que ce minéral soit l’agent actif des fibres alimentaires protectrices. Depuis, des travaux animaux rapportent une paroi artérielle plus élastique et moins de dépôts lipidiques sous apport d’acide orthosilicique, et la revue de Jurkić 2013 en fait un axe de recherche. Les mécanismes de l’athérosclérose décrits par l’Inserm (inflammation, oxydation du LDL, rigidification de la paroi) laissent une place plausible au collagène et à l’élastine, donc au silicium. Mais une plausibilité n’est pas une preuve : les gestes validés pour les artères restent le contrôle de la tension artérielle, du LDL, du tabac et de l’activité physique.

En pratique : où trouver le silicium dans l’alimentation
Les hommes consomment en moyenne 30 à 33 mg de silicium par jour et les femmes 24 à 25 mg, d’après les deux cohortes de Framingham (Jugdaohsingh 2002). Cet apport diminue avec l’âge. Les premières sources y étaient la bière et les bananes chez les hommes, les bananes et les haricots verts chez les femmes. En France, les céréales complètes, les légumineuses, les légumes verts et les eaux minérales riches en silice couvrent l’essentiel des apports. La teneur d’un aliment ne dit pourtant pas tout : ce qui compte, c’est la fraction réellement absorbée, mesurée chez des volontaires par Sripanyakorn 2009.
| Source | Forme de silicium | Absorption mesurée | Commentaire |
|---|---|---|---|
| Bière sans alcool | Acide orthosilicique issu de l’orge et du houblon | 64 % | Source la plus absorbable, sans l’inconvénient de l’alcool |
| Haricots verts | Acide orthosilicique | 44 % | Pic sanguin en 30 minutes |
| Eau minérale riche en silice | Acide orthosilicique dissous | 43 % | Teneur indiquée en silice (SiO2) sur l’étiquette, la part de l’élément correspond à un peu moins de la moitié |
| Bananes | Silice en partie polymérisée | 4 % | Riches en Si total, mais très peu absorbable |
| Céréales complètes, avoine, riz complet | Silice liée aux fibres | Variable, partiellement libérée à la digestion | Le raffinage retire la majeure partie du minéral (farine blanche) |
Ces chiffres orientent les choix sans dicter un régime. Une alimentation construite autour de céréales complètes, de légumineuses et de légumes verts, avec une eau minérale affichant sa teneur en silice, apporte sans effort les 25 mg quotidiens évoqués par Nielsen. Cette logique de nutriments qui dialoguent avec les voies de détection métabolique de la cellule est détaillée sur notre page pilier consacrée à la dérégulation de la détection des nutriments.
Compléments de silicium : formes, doses étudiées et précautions
Les compléments ne se valent pas, parce que l’absorption dépend de la forme chimique. Dans l’étude comparative de 2009, le monométhylsilanetriol atteignait 64 % d’absorption, l’acide orthosilicique stabilisé par la choline 17 %, et la silice colloïdale 1 %. Les essais cliniques positifs sur la peau et l’os ont tous utilisé la forme stabilisée par la choline à des doses de 6 à 10 mg par jour. Les extraits de prêle et de bambou, très répandus, n’ont pas fait l’objet d’essais randomisés publiés sur PubMed.
| Forme | Absorption | Preuves cliniques | Point d’attention |
|---|---|---|---|
| Acide orthosilicique stabilisé par la choline | 17 % | 3 essais randomisés (os, peau, cheveux), 6 à 10 mg par jour | Forme la mieux documentée chez l’humain |
| Monométhylsilanetriol (silicium organique) | 64 % | Absorption mesurée, pas d’essai clinique d’efficacité | Autorisé par l’EFSA en 2009 dans la limite de 10,5 mg par jour |
| Silice colloïdale, gel de silice | 1 à 4 % | Aucun essai d’efficacité | Quasiment non absorbée |
| Prêle, bambou (extraits végétaux) | Non mesurée chez l’humain | Aucun essai randomisé | La prêle contient une thiaminase, à éviter en cure prolongée |
Quelques repères avant d’envisager une supplémentation :
- Privilégier l’assiette : les apports alimentaires moyens couvrent déjà le repère de 25 mg, et les cohortes positives portaient sur des apports alimentaires, pas sur des compléments.
- Respecter les doses étudiées : 6 à 10 mg par jour, sur 5 à 12 mois dans les essais. Aucun effet indésirable n’a été rapporté à ces doses chez les participantes de Spector 2008.
- Après la ménopause : l’effet sur l’os semble dépendre des œstrogènes. Sans traitement hormonal, l’intérêt d’un complément n’est pas démontré.
- Insuffisance rénale : le silicium s’élimine par les reins, un avis médical s’impose avant toute cure en cas de fonction rénale réduite.
- Ne pas attendre d’effet sur les artères : cette indication ne repose sur aucune donnée humaine.
L’angle longévité tient en une phrase : le silicium n’est pas un traitement, c’est un marqueur d’une alimentation peu raffinée. Les personnes qui en consomment le plus mangent davantage de céréales complètes et de légumes. C’est ce profil global, plus qu’un seul oligo-élément, que les cohortes mesurent.
Questions fréquentes sur le silicium
Quels sont les aliments les plus riches en silicium ?
Les céréales complètes (avoine, orge, riz complet), les haricots verts, les lentilles, les bananes, la bière et certaines eaux minérales riches en silice fournissent l’essentiel du silicium alimentaire. L’absorption varie beaucoup : 64 % pour la bière sans alcool, 44 % pour les haricots verts, 43 % pour l’eau minérale, mais 4 % seulement pour la banane, dont la silice est en partie polymérisée. Le raffinage des céréales retire la majeure partie du minéral.
Le silicium renforce-t-il vraiment les os ?
Les cohortes de Framingham (2 847 adultes) et d’Aberdeen (3 198 femmes) montrent une densité osseuse plus élevée chez les plus gros consommateurs, de 2 à 10 % selon le site mesuré. Il s’agit d’associations. L’unique essai randomisé de 12 mois (Spector 2008) a augmenté un marqueur de formation du collagène osseux sans modifier la densité lombaire. Le silicium complète le calcium, la vitamine D et l’exercice, il ne les remplace pas.
Quelle est la différence entre silicium organique et silicium minéral ?
Le silicium dit organique désigne des molécules où l’élément est lié à du carbone, comme le monométhylsilanetriol, très bien absorbé (64 %). Le silicium minéral regroupe la silice et les silicates, peu solubles et faiblement absorbés (1 à 4 % pour la silice colloïdale). L’acide orthosilicique, forme naturelle de l’eau et des végétaux, est minéral mais soluble, avec une absorption d’environ 43 %. La forme chimique compte donc plus que l’étiquette.
Le silicium a-t-il un effet sur la peau et les cheveux ?
Deux essais randomisés en double aveugle, portant sur 50 et 48 femmes, ont testé 10 mg par jour sous forme d’acide orthosilicique stabilisé par la choline. Après 20 semaines, la rugosité de la peau avait baissé de 16 à 19 %, et après 9 mois les cheveux fins résistaient mieux à la rupture et s’étaient épaissis. Ces résultats restent limités à une centaine de participantes et à une seule forme de complément.
Le silicium protège-t-il les artères ?
Aucune étude clinique humaine ne l’a démontré. L’hypothèse, formulée par Schwarz dans le Lancet en 1977, s’appuie sur la forte concentration de silicium dans la paroi des artères saines et sur des données animales. Les leviers validés pour les artères restent la tension artérielle, le LDL-cholestérol, l’arrêt du tabac et l’activité physique. Un complément de silicium pris dans ce seul but n’a pas de justification scientifique à ce jour.
Avertissement médical. Les informations de cet article sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas un avis médical. Elles ne remplacent pas une consultation. Demandez conseil à un professionnel de santé avant de modifier votre alimentation, de prendre des compléments alimentaires ou d’entreprendre une nouvelle pratique, en particulier en cas de pathologie, de grossesse ou de traitement en cours. Les compléments alimentaires ne remplacent pas une alimentation équilibrée ni un suivi médical.