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Psoriasis : comment cette inflammation chronique agit sur le cœur

Le psoriasis touche environ 2 % des Français et ne se limite pas à des plaques rouges qui desquament. Cette maladie inflammatoire chronique envoie dans le sang des…

2 novembre 2026 10 min de lecture
psoriasis : illustration de l'article Psoriasis : comment cette inflammation chronique agit sur le cœur

Le psoriasis touche environ 2 % des Français et ne se limite pas à des plaques rouges qui desquament. Cette maladie inflammatoire chronique envoie dans le sang des signaux qui atteignent aussi les artères. Les grandes cohortes britanniques et américaines relient le psoriasis à davantage d’infarctus, d’AVC et d’hypertension, surtout dans ses formes sévères et chez les patients jeunes. Le lien est solide, mais il reste en partie expliqué par des facteurs de risque partagés comme le surpoids ou le tabac. Voici ce que la science établit, ce qu’elle ignore encore, et les gestes qui protègent le cœur.

En bref – Le psoriasis est une maladie inflammatoire chronique de la peau dont l’inflammation circule dans tout l’organisme et accélère l’usure des artères. Selon l’Inserm, il augmente le risque cardiovasculaire d’environ 25 %, indépendamment des facteurs de risque classiques. Une méta-analyse de 9 études (218 654 patients) associe le psoriasis sévère à un risque d’infarctus multiplié par 1,70 et à une mortalité cardiovasculaire supérieure de 39 %. Chez un patient de 30 ans atteint d’une forme sévère, le risque relatif d’infarctus atteignait 3,1 dans la cohorte de Gelfand (2006). Les patients concernés présentent aussi plus d’hypertension, de syndrome métabolique et de plaques coronaires non calcifiées. Aucun essai n’a encore prouvé que traiter la peau réduit les infarctus. La priorité pratique : dépister tension, cholestérol et glycémie, et agir sur le poids, le tabac et l’activité physique.

Psoriasis : définition d’une maladie inflammatoire systémique

Le psoriasis se définit comme une maladie inflammatoire chronique, non contagieuse, qui s’exprime surtout par des plaques rouges épaisses couvertes de squames blanches. Selon le dossier de l’Inserm, il touche environ 2 % de la population française et se complique de douleurs articulaires (rhumatisme psoriasique) dans 20 % des cas. La forme en plaques reste la plus fréquente.

À l’échelle mondiale, une analyse de 168 études publiée dans le BMJ estime la prévalence à 1,92 % en Europe de l’Ouest, contre 0,14 % en Asie de l’Est (Parisi et al., 2020). Le rapport mondial de l’OMS sur le psoriasis la classe parmi les maladies non transmissibles graves, et souligne le risque accru de maladies cardiovasculaires chez les personnes atteintes.

Les dermatologues parlent aujourd’hui de « maladie psoriasique » : l’atteinte cutanée n’est que la partie visible d’une inflammation qui concerne aussi les articulations, le métabolisme et les vaisseaux.

Comment l’inflammation du psoriasis atteint le cœur et les artères

Le psoriasis entretient une inflammation de bas grade dans tout l’organisme, et cette inflammation favorise l’athérosclérose, c’est-à-dire l’épaississement de la paroi des artères par des plaques. Les mêmes messagers immunitaires agissent dans la peau et dans la paroi artérielle. Les chercheurs du NIH américain décrivent la maladie comme un modèle humain d’« athérosclérose inflammatoire ».

Plusieurs mécanismes se combinent :

  • Des cytokines pro-inflammatoires (TNF-alpha, interleukine-17, interleukine-23, interleukine-6) passent dans la circulation et activent les cellules de la paroi des artères.
  • Les neutrophiles, des globules blancs, sont plus nombreux et plus activés ; leur protéine S100A8/A9 était presque quatre fois plus élevée chez 60 patients que chez 20 témoins.
  • La résistance à l’insuline et la graisse abdominale, plus fréquentes avec la maladie, ajoutent leur propre inflammation.
  • Le stress chronique, la dépression et le mauvais sommeil, fréquents chez les patients, pèsent aussi sur la tension artérielle.
psoriasis et inflammation des artères coronaires
Le psoriasis entretient une inflammation qui peut se mesurer jusque dans la paroi des artères.

L’imagerie confirme ce lien. Dans une étude prospective, plus la surface atteinte par le psoriasis était étendue, plus l’inflammation de l’aorte mesurée au PET-scan était forte (β = 0,41), indépendamment de l’âge et du score de Framingham (Naik et al., 2015). Ce mécanisme rejoint celui de l’inflammation chronique liée à l’âge, l’un des moteurs du vieillissement cardiovasculaire.

Psoriasis et risque cardiaque : ce que dit la science

Les études de population montrent un excès d’infarctus, d’AVC et de décès cardiovasculaires chez les personnes atteintes de psoriasis, d’autant plus net que la forme est sévère. La première grande alerte vient d’une cohorte britannique de 130 976 patients suivis 5,4 ans en moyenne. Après ajustement sur la tension, le diabète, le cholestérol, le tabac et l’indice de masse corporelle, le risque relatif d’infarctus atteignait 3,10 à 30 ans en cas de forme sévère, et 1,36 à 60 ans (Gelfand et al., 2006).

La même équipe a ensuite étudié la mortalité. Chez 3 603 patients sous traitement systémique, le risque de décès cardiovasculaire était supérieur de 57 % (HR 1,57), soit un décès cardiovasculaire supplémentaire par an pour 283 patients (Mehta et al., 2010). La méta-analyse de 9 études confirme la tendance et chiffre l’excès à 11 500 événements cardiovasculaires majeurs par an aux États-Unis (Armstrong et al., 2013).

Psoriasis : risques cardiovasculaires mesurés selon la sévérité (méta-analyse 2013, 218 654 patients)
Événement Forme légère Forme sévère
Infarctus du myocarde RR 1,29 RR 1,70
Accident vasculaire cérébral RR 1,12 RR 1,56
Mortalité cardiovasculaire Non établie RR 1,39

Les facteurs de risque classiques sont aussi plus fréquents. Sur 24 études et 309 469 patients, la probabilité d’hypertension était 1,58 fois plus élevée qu’en population générale (Armstrong et al., 2013). Chez 4 065 Britanniques de 45 à 65 ans, le syndrome métabolique suivait un effet dose : odds ratio 1,22 pour une atteinte de 2 % de la surface corporelle ou moins, 1,98 au-delà de 10 % (Langan et al., 2012).

Le scanner coronaire apporte l’argument le plus direct. Chez 105 patients jeunes et à faible risque, la charge de plaques non calcifiées, les plus instables, dépassait celle de patients hypercholestérolémiques plus âgés d’environ 10 ans (Lerman et al., 2017). Ces données restent observationnelles : une association solide, pas une preuve de causalité au sens strict.

En pratique : traiter le psoriasis protège-t-il le cœur ?

Aucun essai randomisé n’a encore montré que traiter le psoriasis réduit les infarctus ou les AVC. Les données disponibles portent sur des marqueurs intermédiaires (imagerie, prises de sang), et elles se contredisent en partie. Le tableau ci-dessous résume les principaux résultats.

Traitements du psoriasis et marqueurs cardiovasculaires : niveau de preuve
Étude Type Résultat principal
Lerman 2017 (50 patients) Observationnelle, 1 an Amélioration de la peau associée à moins de plaques non calcifiées
Elnabawi 2019 (134 patients) Observationnelle, 1 an Baisse de l’inflammation coronaire sous biothérapie, pas sans
Mehta 2018, essai VIP (97 patients) Randomisée contre placebo Aucun effet sur l’inflammation de l’aorte ; CRP et IL-6 en baisse
González-Cantero 2021 Méta-analyse d’essais Effets surtout sur les marqueurs sanguins ; événements cliniques non évalués

Dans l’étude d’Oxford et du NIH, 82 patients sous biothérapie voyaient leur inflammation coronaire diminuer en un an, contrairement aux 52 traités par crèmes ou photothérapie (Elnabawi et al., 2019). Mais l’essai randomisé VIP, plus rigoureux, n’a trouvé aucune différence sur l’inflammation de l’aorte après 12 et 52 semaines d’adalimumab, malgré une baisse de la CRP et de l’IL-6 (Mehta et al., 2018). La méta-analyse de 2021 conclut que des essais mesurant les événements cardiaques restent nécessaires (González-Cantero et al., 2021).

Lecture longévité : bien contrôler la maladie reste souhaitable pour la qualité de vie, mais le levier cardiaque prouvé passe par les facteurs de risque classiques. Le choix d’un traitement relève du dermatologue. Pour situer vos chiffres, consultez nos repères sur la tension artérielle à surveiller. Le sujet s’inscrit dans notre pilier consacré à l’altération de la communication intercellulaire, qui regroupe les articles sur l’inflammation.

Psoriasis : 7 gestes pour protéger son cœur

Le premier geste consiste à faire mesurer régulièrement ses facteurs de risque cardiovasculaire, car ils sont plus fréquents et souvent sous-dépistés chez ces patients. Les conseils suivants s’appuient sur les études citées et sur les recommandations générales de prévention.

  • Mesurer la tension artérielle au moins une fois par an, et plus souvent si un traitement comme la ciclosporine est prescrit.
  • Doser cholestérol, triglycérides et glycémie à jeun, surtout en cas de forme étendue ou de traitement systémique.
  • Viser une perte de poids en cas de surpoids : dans un essai danois chez 60 patients, 15,4 kg perdus en 16 semaines ont amélioré tension diastolique, cholestérol, triglycérides et glycémie (Jensen et al., 2014).
  • Arrêter le tabac, qui aggrave à la fois les lésions cutanées et le risque d’infarctus.
  • Limiter l’alcool, associé aux poussées et à l’atteinte du foie.
  • Bouger au moins 150 minutes par semaine à intensité modérée, comme le recommande l’OMS pour tous les adultes.
  • Signaler au médecin traitant le diagnostic de psoriasis, pour qu’il l’intègre dans l’évaluation du risque cardiovasculaire global.

Le même essai de Jensen montre aussi une meilleure qualité de vie liée à la peau après la perte de poids, avec une tendance à l’amélioration des plaques (Jensen et al., 2013). Côté alimentation, un apport régulier en poissons gras et en légumes s’inscrit dans les repères généraux de santé cardiaque ; notre article sur l’inflammation chronique et ses leviers détaille les habitudes qui réduisent les marqueurs inflammatoires.

Questions fréquentes sur le psoriasis et le cœur

Pourquoi le psoriasis augmente-t-il le risque cardiovasculaire ?

Le psoriasis libère dans le sang des molécules inflammatoires (TNF-alpha, interleukine-17, interleukine-6) qui agissent aussi sur la paroi des artères et favorisent les plaques d’athérome. S’y ajoutent des facteurs de risque plus fréquents chez les patients : surpoids, hypertension, syndrome métabolique et tabac. L’Inserm estime l’excès de risque à environ 25 %, indépendamment des facteurs classiques.

Un psoriasis léger expose-t-il aussi le cœur ?

Oui, mais modérément. Dans la méta-analyse de 2013, le psoriasis léger était associé à un risque d’infarctus supérieur de 29 % et à un risque d’AVC supérieur de 12 %. Les formes sévères, traitées par médicaments systémiques, montrent un excès plus marqué : risque d’infarctus multiplié par 1,70 et mortalité cardiovasculaire augmentée de 39 %.

Quels examens faire quand on a un psoriasis ?

Un bilan cardiovasculaire de base suffit dans la plupart des cas : mesure de la tension artérielle, tour de taille, poids, bilan lipidique et glycémie à jeun. Le médecin traitant peut l’intégrer au suivi annuel. En cas de forme étendue, de rhumatisme associé ou d’antécédents familiaux, il peut proposer des examens complémentaires selon le profil de risque.

Les biothérapies du psoriasis protègent-elles le cœur ?

Ce n’est pas démontré. Des études observationnelles associent les biothérapies à moins d’inflammation coronaire, mais l’essai randomisé VIP n’a trouvé aucun effet de l’adalimumab sur l’inflammation de l’aorte après 52 semaines. Aucun essai n’a encore mesuré l’effet sur les infarctus. Le choix du traitement se fait avec le dermatologue, selon la sévérité de la maladie.

Perdre du poids améliore-t-il le psoriasis ?

Chez les patients en surpoids, perdre du poids améliore surtout le profil cardiovasculaire. Dans un essai danois chez 60 patients, une perte moyenne de 15,4 kg en 16 semaines a réduit tension diastolique, cholestérol, triglycérides et glycémie. La qualité de vie liée à la peau s’est aussi améliorée, avec une tendance favorable sur l’étendue des plaques.

Avertissement médical. Les informations de cet article sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas un avis médical. Elles ne remplacent pas une consultation. N’interrompez ni ne modifiez jamais un traitement du psoriasis sans l’avis de votre dermatologue. En cas de douleur thoracique, d’essoufflement inhabituel ou de palpitations, consultez sans attendre ou appelez le 15. Demandez conseil à un professionnel de santé avant de modifier votre alimentation, de prendre des compléments alimentaires ou d’entreprendre une nouvelle pratique, en particulier en cas de pathologie, de grossesse ou de traitement en cours.

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