Dysfonctionnement mitochondrial

Glaucome : à quel âge se faire dépister et quels signes surveiller ?

Le glaucome se dépiste dès 40 ans par un examen ophtalmologique complet, car cette maladie du nerf optique ne donne en général aucun symptôme avant d’avoir détruit une…

7 novembre 2026 15 min de lecture
glaucome : illustration de l'article Glaucome : à quel âge se faire dépister et quels signes surveiller ?

Le glaucome se dépiste dès 40 ans par un examen ophtalmologique complet, car cette maladie du nerf optique ne donne en général aucun symptôme avant d’avoir détruit une partie du champ visuel. En France, environ un million de personnes vivent avec un glaucome chronique et 400 000 d’entre elles l’ignorent, selon Santé.fr. Le risque augmente avec l’âge, les antécédents familiaux, la myopie et le diabète. Un traitement commencé tôt divise par deux le risque d’aggravation : l’examen à 40 ans reste le geste de prévention le plus utile pour la vision.

En bref : Le glaucome est une maladie chronique du nerf optique qui réduit peu à peu la vision périphérique, sans douleur ni gêne au début. Il touche 1 à 2 % des plus de 40 ans et environ 10 % des plus de 70 ans. Dans le monde, plus de la moitié des cas ne sont pas encore diagnostiqués. L’Inserm recommande un dépistage régulier à partir de 40 ans, renforcé en cas d’antécédents familiaux : chez les frères et sœurs d’un malade, le risque au cours de la vie est multiplié par 9. L’examen associe la mesure de la pression de l’œil, l’analyse du nerf optique et, si besoin, un champ visuel. Les signes perçus arrivent tard : obstacles non vus sur le côté, gêne dans la pénombre. Un œil rouge, très douloureux, avec des halos colorés et une baisse brutale de la vue impose de consulter en urgence. Traiter tôt réduit de moitié le risque de progression.

Glaucome : définition et formes principales

Le glaucome regroupe des maladies qui détruisent lentement les fibres du nerf optique, le câble qui relie la rétine au cerveau. Ce nerf compte environ 1,5 million de fibres, selon l’Inserm. Chaque fibre perdue l’est pour toujours. La perte commence en périphérie du champ visuel, tandis que la vision centrale, celle qui sert à lire, reste longtemps intacte.

La maladie est la deuxième cause de cécité dans les pays développés, après la dégénérescence maculaire liée à l’âge. L’Organisation mondiale de la santé attribue à cette maladie 7,7 millions de cas de déficience visuelle ou de cécité dans le monde. Une méta-analyse de 50 études de population estime sa prévalence à 3,54 % entre 40 et 80 ans, soit 76 millions de personnes en 2020 et 111,8 millions projetées en 2040 (Tham et al., 2014).

Trois formes se distinguent en pratique. Elles n’ont ni le même rythme ni le même degré d’urgence.

Les trois formes les plus fréquentes chez l’adulte
Critère Glaucome chronique à angle ouvert Glaucome par fermeture de l’angle Glaucome à pression normale
Fréquence 80 à 90 % des cas Rare en Europe, plus fréquent en Asie Environ une forme chronique sur trois
Évolution Lente, sur 10 à 20 ans Brutale, en quelques heures (crise aiguë) Lente
Douleur Aucune Très vive, œil rouge et dur Aucune
Pression de l’œil Souvent élevée Très élevée pendant la crise Dans les valeurs habituelles
Profil à risque Plus de 60 ans, antécédents familiaux, myopie, origine africaine Personnes âgées, hypermétropie Migraine, forte myopie, circulation fragile
Conduite à tenir Dépistage dès 40 ans Urgence ophtalmologique immédiate Dépistage par l’examen du nerf optique

Mécanisme : pourquoi le nerf optique s’abîme avec l’âge

Le glaucome naît d’un déséquilibre entre la pression à l’intérieur de l’œil et la résistance du nerf optique. L’œil fabrique en continu un liquide, l’humeur aqueuse, qui s’évacue par un filtre situé dans l’angle entre l’iris et la cornée. Si ce drainage ralentit, la pression monte. Elle doit rester inférieure à 20 mmHg, la moyenne étant de 15 mmHg selon l’Inserm. Une pression trop forte pour un nerf donné comprime ses fibres à l’endroit où elles quittent l’œil, la papille.

La pression n’explique pourtant pas tout. Plusieurs mécanismes s’additionnent :

  • Un drainage de l’humeur aqueuse qui ralentit avec les années, ce qui fait monter la pression.
  • Une irrigation sanguine insuffisante du nerf optique, évoquée chez les personnes migraineuses ou très myopes.
  • Une fragilité énergétique des cellules ganglionnaires de la rétine, dont les fibres forment le nerf optique.
  • Une prédisposition génétique : environ 30 % des glaucomes ont un caractère héréditaire, d’après l’Inserm.
  • Une anatomie particulière, comme un angle de drainage étroit chez les hypermétropes ou une cornée fine.

La piste énergétique relie directement le glaucome au vieillissement. Les cellules ganglionnaires consomment beaucoup d’énergie et dépendent de leurs mitochondries. Chez des souris prédisposées, des anomalies mitochondriales apparaissent avant toute perte de cellules, et le taux rétinien de NAD+, une molécule clé de la production d’énergie, baisse avec l’âge. Donner de la nicotinamide (une forme de vitamine B3, précurseur du NAD+) par voie orale protégeait les yeux : à la dose la plus forte, 93 % des yeux sont restés indemnes (Williams et al., 2017). Ce résultat animal range la maladie parmi celles liées au dysfonctionnement mitochondrial, l’un des marqueurs biologiques du vieillissement. Le rôle du NAD+ dans le vieillissement est détaillé dans notre article sur les précurseurs du NAD+.

Ce que dit la science : qui est à risque et pourquoi traiter tôt

Les antécédents familiaux, l’âge, l’origine africaine, la myopie et le diabète sont les facteurs de risque de glaucome les mieux chiffrés, et un traitement précoce ralentit nettement la maladie. Le premier problème reste le diagnostic : une méta-analyse de 55 études de population (189 359 participants) montre que plus de la moitié des glaucomes n’étaient pas connus avant l’examen de l’étude, dans chaque région du monde (Soh et al., 2021).

L’hérédité pèse lourd. Dans l’étude de Rotterdam, 10,4 % des frères et sœurs de malades étaient atteints, contre 0,7 % dans les familles témoins. Leur risque au cours de la vie atteignait 22,0 % contre 2,3 %, soit un rapport de 9,2 (Wolfs et al., 1998). À Baltimore, sur 5 308 adultes examinés, la maladie était 4 à 5 fois plus fréquente chez les Afro-Américains : 11,26 % après 80 ans, contre 2,16 % chez les Américains d’origine européenne (Tielsch et al., 1991).

Facteurs de risque du glaucome : ce que mesurent les études
Facteur Ampleur du risque Source
Frère ou sœur atteint Risque au cours de la vie de 22,0 % contre 2,3 %, soit 9 fois plus. Wolfs et al., 1998
Origine africaine Prévalence 4 à 5 fois plus élevée. Tielsch et al., 1991
Myopie Risque multiplié par 1,88, et par 2,46 au-delà de 3 dioptries. Marcus et al., 2011
Diabète Risque multiplié par 1,48, plus 5 % par année de diabète. Zhao et al., 2015
Pression élevée sans lésion 9,5 % de glaucome à 5 ans sans traitement. Kass et al., 2002
Âge 1 à 2 % après 40 ans, environ 10 % après 70 ans. Inserm

La myopie et le diabète comptent aussi. Une méta-analyse de 13 études (48 161 personnes) associe la myopie à un risque multiplié par 1,88 (Marcus et al., 2011). Une autre, sur 47 études et près de 3 millions de personnes, chiffre le surrisque lié au diabète à 48 % (Zhao et al., 2015). Ces études sont observationnelles : elles décrivent des associations, pas des causes.

Les essais de traitement sont, eux, randomisés. Dans l’essai EMGT, 255 patients de 50 à 80 ans avec un glaucome débutant ont été suivis 6 ans. Baisser la pression de l’œil de 25 % (5,1 mmHg) ramenait la progression à 45 % des patients, contre 62 % sans traitement (Heijl et al., 2002). Le risque de progression était divisé par deux, et chaque millimètre de mercure gagné le réduisait d’environ 10 % (Leske et al., 2003).

Chez 1 636 personnes avec une pression élevée mais un nerf encore sain, un collyre a fait passer le risque de glaucome à 5 ans de 9,5 % à 4,4 % (Kass et al., 2002). L’essai britannique UKGTS (516 patients) a comparé un collyre de latanoprost à un placebo : le champ visuel était préservé plus longtemps sous traitement, avec un risque de dégradation réduit de 56 % à 24 mois (Garway-Heath et al., 2015). Le laser est une alternative : après un laser sélectif du filtre de drainage, 74,2 % des 356 patients traités n’avaient besoin d’aucun collyre 3 ans plus tard (Gazzard et al., 2019).

La nicotinamide est à l’essai chez l’humain, mais les données restent préliminaires. Chez 57 patients déjà traités, 1,5 puis 3 g par jour pendant 12 semaines amélioraient de 14,8 % un indice électrique de la fonction rétinienne, contre 5,2 % sous placebo (Hui et al., 2020). Associée au pyruvate, elle augmentait le nombre de points du champ visuel améliorés (15 contre 7) sur environ 2 mois, chez 32 patients (De Moraes et al., 2022). Aucun de ces essais ne montre de ralentissement durable de la maladie. Ces doses dépassent de très loin les apports alimentaires et se discutent uniquement avec l’ophtalmologiste, en complément du traitement prescrit.

En pratique : à quel âge se faire dépister le glaucome ?

Le premier dépistage du glaucome se fait à 40 ans, même sans aucune gêne visuelle. L’Inserm recommande un dépistage systématique et régulier à partir de cet âge, renforcé dans les familles touchées. Pour le rythme des contrôles, l’Académie américaine d’ophtalmologie fixe des intervalles par âge chez les adultes sans symptôme ni facteur de risque (Wallace et al., 2026).

Rythme conseillé des examens ophtalmologiques complets sans facteur de risque
Âge Fréquence de l’examen
40 à 54 ans Tous les 2 à 4 ans
55 à 64 ans Tous les 1 à 3 ans
65 ans et plus Tous les 1 à 2 ans

Ces intervalles se raccourcissent en présence d’un facteur de risque : parent proche atteint, myopie forte, diabète, origine africaine, traitement par corticoïdes au long cours ou pression déjà mesurée haute. L’ophtalmologiste fixe alors le calendrier. Le même examen du fond d’œil sert à repérer la DMLA, l’autre grande cause de perte de vision après 50 ans.

glaucome : simulation du rétrécissement du champ visuel sur une allée de parc
Simulation d’un glaucome évolué : le banc et la voiture garée sur les côtés disparaissent du champ visuel, alors que le cycliste au centre reste net.

Le dépistage ne se résume pas à mesurer la pression de l’œil. Environ un glaucome chronique sur trois survient avec une pression normale, d’après Santé.fr. Un examen complet combine plusieurs mesures :

Les examens du dépistage du glaucome et leur rôle
Examen Ce qu’il mesure Limite
Tonométrie La pression intraoculaire, normale sous 20 mmHg. Ne repère pas le glaucome à pression normale.
Fond d’œil L’aspect de la papille et son creusement. Les signes débutants sont parfois discrets.
Tomographie en cohérence optique (OCT) L’épaisseur des fibres nerveuses autour de la papille. Les valeurs se lisent selon l’âge et la myopie.
Champ visuel La sensibilité de la vision périphérique, point par point. Ne détecte que des pertes déjà installées.
Pachymétrie L’épaisseur de la cornée, qui fausse la lecture de la pression. Ne fait pas le diagnostic seule.
Gonioscopie L’ouverture de l’angle de drainage. Réalisée surtout en cas de doute sur un angle étroit.

Une nuance mérite d’être connue. Aux États-Unis, la Task Force des services préventifs juge les preuves insuffisantes pour recommander un dépistage du glaucome par le médecin généraliste chez tous les adultes de plus de 40 ans (Mangione et al., 2022). Cet avis porte sur un dépistage de masse en soins primaires. Il ne remet pas en cause l’examen complet chez l’ophtalmologiste, ni le suivi rapproché des personnes à risque.

Signes à surveiller et conseils pour préserver votre vision

Le glaucome chronique peut rester sans aucun symptôme pendant 10 à 20 ans, selon Santé.fr : ne rien remarquer ne prouve donc rien. Chaque œil compense souvent les zones manquantes de l’autre, ce qui retarde encore la prise de conscience. Les signes ci-dessous apparaissent tard, ou signalent une urgence :

  • Vous heurtez des portes ou des meubles, ou vous ratez une marche, surtout d’un côté.
  • En voiture, des piétons ou des véhicules semblent surgir sur les côtés.
  • Vous êtes gêné dans la pénombre et les contrastes paraissent moins nets.
  • Des douleurs sourdes, une sensation de pression dans l’œil, un larmoiement ou des maux de tête reviennent (signes rares).
  • Des halos colorés apparaissent autour des lumières, avec une vision brouillée passagère.
  • Urgence : un œil rouge, dur et très douloureux, une baisse brutale de la vue, parfois des nausées. Appelez le 15 ou allez aux urgences ophtalmologiques, car la vision peut être perdue en quelques heures.

Les gestes qui protègent le nerf optique reposent d’abord sur le dépistage, puis sur le suivi du traitement quand il est prescrit :

  • Prenez rendez-vous pour un examen complet à 40 ans, sans attendre une gêne.
  • Si un glaucome est diagnostiqué chez vous, prévenez vos frères, sœurs et enfants : leur risque est nettement plus élevé.
  • Signalez à l’ophtalmologiste tout traitement par corticoïdes au long cours, en particulier en collyre.
  • Instillez les collyres prescrits chaque jour, aux heures indiquées, en attendant 5 minutes entre deux collyres. Ne les arrêtez jamais sans avis médical.
  • Bougez au quotidien. Chez 141 patients équipés d’un accéléromètre, 5 000 pas de plus par jour étaient associés à une perte du champ visuel environ 10 % plus lente (Lee et al., 2019). Le lien n’est pas prouvé comme causal, mais la marche régulière profite aussi au cœur et au cerveau.
  • Arrêtez le tabac et faites surveiller votre tension et votre glycémie, comme le recommande Santé.fr pour limiter ce risque.
  • Portez des lunettes de protection pour les sports de balle et le bricolage : un traumatisme de l’œil augmente le risque.
  • Si l’on vous a signalé un angle étroit, mentionnez-le avant tout collyre qui dilate la pupille.

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Questions fréquentes sur le glaucome

À quel âge faut-il se faire dépister pour le glaucome ?

Le premier dépistage du glaucome est recommandé à 40 ans, même sans gêne visuelle, selon l’Inserm. Il doit être renforcé en cas d’antécédents familiaux, de forte myopie, de diabète, d’origine africaine ou de corticoïdes au long cours. Sans facteur de risque, l’Académie américaine d’ophtalmologie conseille un examen tous les 2 à 4 ans entre 40 et 54 ans, puis tous les 1 à 2 ans après 65 ans.

Quels sont les premiers signes du glaucome ?

Le plus souvent, il n’y en a aucun : le glaucome chronique peut rester sans symptôme pendant 10 à 20 ans. Les premiers signes perçus sont tardifs : obstacles non vus sur le côté, marches ratées, voitures qui surgissent en conduisant, gêne dans la pénombre. Le centre de la vision reste longtemps net, ce qui retarde la consultation. Seul un examen ophtalmologique repère la maladie avant ces pertes.

Peut-on avoir un glaucome avec une pression de l’œil normale ?

Oui. Chez environ un tiers des personnes atteintes de glaucome chronique, la pression intraoculaire reste dans les valeurs habituelles, sous 20 mmHg. On parle de glaucome à pression normale. Une irrigation insuffisante du nerf optique pourrait être en cause, notamment chez les personnes migraineuses ou très myopes. C’est pourquoi le dépistage ne se limite jamais à la mesure de la pression : l’examen du nerf optique reste indispensable.

Le glaucome est-il héréditaire ?

En partie. L’Inserm estime qu’environ 30 % des glaucomes ont un caractère héréditaire. Dans l’étude de Rotterdam, les frères et sœurs de malades avaient un risque au cours de la vie de 22 %, contre 2,3 % dans les familles témoins, soit un risque multiplié par 9. Si un parent proche est atteint, prévenez votre famille et demandez à l’ophtalmologiste à quel âge commencer les contrôles.

Quelle est la différence entre glaucome aigu et glaucome chronique ?

Le glaucome chronique, à angle ouvert, concerne 80 à 90 % des cas : il évolue lentement et sans douleur, sur des années. Le glaucome aigu survient quand l’angle de drainage de l’œil se ferme brutalement : douleur très vive, œil rouge et dur, halos colorés, baisse de vision, parfois nausées. C’est une urgence, car la vision de l’œil atteint peut être perdue en quelques heures. Appelez le 15 ou consultez aux urgences ophtalmologiques.

La vision perdue à cause du glaucome peut-elle revenir ?

Non. Les fibres du nerf optique détruites ne se régénèrent pas et les traitements actuels ne rendent pas la vision perdue. Ils ralentissent l’aggravation : dans un essai de 255 patients, baisser la pression de l’œil de 25 % a réduit de moitié le risque de progression. Un diagnostic précoce, quand le champ visuel est encore intact, change donc le pronostic. La nicotinamide (vitamine B3) est à l’étude, sans preuve à long terme.

Avertissement médical. Les informations de cet article sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas un avis médical. Elles ne remplacent pas une consultation ni un examen ophtalmologique. Un œil rouge et très douloureux avec une baisse brutale de la vue est une urgence : appelez le 15 ou rendez-vous aux urgences ophtalmologiques sans attendre. N’arrêtez et ne modifiez jamais un collyre ou un traitement prescrit sans avis médical. Demandez conseil à un professionnel de santé avant de prendre des compléments alimentaires, notamment de la vitamine B3 à forte dose, ou d’entreprendre une nouvelle pratique, en particulier en cas de pathologie, de grossesse ou de traitement en cours. Les compléments alimentaires ne remplacent pas une alimentation équilibrée ni un suivi médical.

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