L’apigénine est un flavonoïde présent dans le persil, le céleri et surtout la camomille, étudié depuis 2017 pour sa capacité à freiner l’inflammation produite par les cellules sénescentes de l’organisme. Une équipe du Buck Institute a montré que ce composé réduit la sécrétion de cytokines inflammatoires liées au vieillissement tissulaire, en culture cellulaire puis chez la souris, sans détruire ces cellules comme le font les sénolytiques de référence. Voici ce que montrent les études, et pourquoi le terme « sénolytique » qui lui est souvent accolé prête à confusion.
En bref — L’apigénine est un flavonoïde alimentaire, présent notamment dans la camomille, le persil et le céleri, qui agit comme agent « sénomorphique » en supprimant le phénotype sécrétoire associé à la sénescence (SASP) plutôt qu’en éliminant les cellules sénescentes elles-mêmes. Des travaux publiés en 2017 dans GeroScience ont montré qu’elle bloque la signalisation IL-1α/NF-κB dans des fibroblastes humains sénescents, réduisant la sécrétion de cytokines comme l’IL-6 et le CXCL10. Une étude de 2025 a précisé le mécanisme moléculaire en jeu : la molécule se lie à la protéine PRDX6 et améliore la fonction physique et cognitive de souris âgées prématurément. Contrairement au duo dasatinib-quercétine ou à la fisétine, deux sénolytiques déjà testés chez l’humain, ce composé n’a pour l’instant été étudié que chez l’animal et en culture cellulaire pour cet usage : aucun essai clinique ne valide à ce jour un effet anti-sénescence chez l’homme.
Définition : qu’est-ce que l’apigénine ?
L’apigénine appartient à la famille des flavones, un sous-groupe des flavonoïdes présents dans de nombreux végétaux. On la trouve en quantité notable dans le persil séché, le céleri, l’origan et surtout les fleurs de camomille, dont l’infusion en contient plusieurs centaines de milligrammes par 100 grammes. Longtemps étudiée pour ses propriétés anti-inflammatoires et légèrement anxiolytiques, l’apigénine a retenu l’attention des chercheurs sur le vieillissement cellulaire à partir du milieu des années 2010.
Le terme « sénolytique » désigne une molécule capable de tuer sélectivement les cellules sénescentes, comme le duo dasatinib-quercétine ou la fisétine. Elle agit différemment : elle laisse les cellules sénescentes en place mais réduit leur activité sécrétoire délétère, ce qui la classe parmi les composés « sénomorphiques » plutôt que sénolytiques au sens strict. Cette distinction rejoint une piste défendue par une équipe de l’Inserm, qui a montré chez la souris qu’éliminer entièrement les cellules sénescentes du foie aggrave certains marqueurs hépatiques, et propose de les reprogrammer plutôt que de les détruire (Inserm, 2020).
Mécanisme : comment l’apigénine agit-elle sur les cellules sénescentes ?
L’apigénine cible la voie inflammatoire qui alimente le SASP (senescence-associated secretory phenotype), le cocktail de cytokines, chimiokines et protéases sécrété par les cellules sénescentes. Plusieurs cibles moléculaires ont été identifiées dans la littérature :
- Inhibition de la signalisation IL-1α via IRAK1 et IRAK4, en amont de la voie p38-MAPK.
- Blocage de la translocation nucléaire de NF-κB p65, le facteur de transcription central du SASP.
- Réduction de l’expression d’IκBζ, une protéine régulatrice de l’inflammation chronique.
- Liaison directe à la protéine PRDX6, identifiée en 2025 comme cible moléculaire principale dans les cellules sénescentes.
Cette action en cascade explique pourquoi ce flavonoïde réduit la sécrétion de cytokines comme l’IL-6, l’IL-8 (CXCL8) ou le CXCL10, sans modifier la viabilité des cellules sénescentes elles-mêmes.
Ce que dit la science sur l’apigénine et la sénescence cellulaire
Trois études encadrent l’essentiel des connaissances actuelles sur ce flavonoïde. En 2017, une équipe du Buck Institute a montré qu’elle supprime le SASP dans trois lignées de fibroblastes humains sénescents, quel que soit le déclencheur (rayonnement ionisant, oncogène RAS, sénescence réplicative), et réduit l’agressivité de cellules de cancer du sein exposées au sécrétome de cellules voisines sénescentes (Perrott et al., 2017) (PubMed).
Une étude coréenne publiée en 2015 avait déjà comparé cinq flavonoïdes sur des fibroblastes rendus sénescents par la bléomycine : l’apigénine et le kaempférol se sont révélés les plus efficaces pour supprimer le SASP via la voie NF-κB/IκBζ, avec une confirmation in vivo chez le rat âgé après administration orale (Lim et al., 2015) (PubMed).
En 2025, une équipe associant des chercheurs chinois à Judith Campisi et James Kirkland, deux références du domaine, a identifié PRDX6 comme cible moléculaire et montré que le composé améliore la fonction physique et les performances cognitives de souris présentant un vieillissement accéléré, tout en renforçant l’efficacité de la chimiothérapie dans des modèles tumoraux (Zhang et al., 2025) (PubMed). Aucune de ces trois études n’a été menée chez l’humain pour cet usage précis.
À titre de comparaison, le duo sénolytique dasatinib-quercétine a franchi l’étape de l’essai clinique : un essai de phase I mené chez des patients atteints de fibrose pulmonaire idiopathique a confirmé sa faisabilité et sa tolérance sur trois semaines, sans démontrer d’efficacité sur la maladie à ce stade précoce (Nambiar et al., 2023) (PubMed). Cet écart de stade de preuve résume la différence avec les sénolytiques de référence.
Plus largement, l’inflammation chronique de bas grade liée à l’âge, ou inflammaging, reste le terrain sur lequel s’inscrit cette action anti-SASP (Franceschi & Campisi, 2014) (PubMed).
En pratique : où trouver de l’apigénine et que faut-il en attendre ?
L’apigénine s’obtient principalement par l’alimentation : infusion de camomille, persil frais ou séché, céleri, et dans une moindre mesure origan et autres herbes aromatiques. Sa faible solubilité dans l’eau et les graisses limite son absorption digestive : les essais chez l’animal utilisent des doses purifiées très supérieures à ce qu’apporte une infusion de camomille classique, ce qui rend hasardeuse toute extrapolation directe d’un effet anti-sénescence à la consommation alimentaire courante.
Le tableau suivant situe l’apigénine par rapport aux deux sénolytiques les plus étudiés chez l’humain.
| Composé | Mode d’action | Stade de preuve | Source alimentaire |
|---|---|---|---|
| Apigénine | Sénomorphique (suppression du SASP) | Cellules humaines, souris | Camomille, persil, céleri |
| Fisétine | Sénolytique (élimination sélective) | Cellules humaines, souris, essais pilotes chez l’humain | Fraise, pomme, oignon |
| Dasatinib + quercétine | Sénolytique (élimination sélective) | Essai clinique de phase I chez l’humain | Non alimentaire (dasatinib) ; oignon, câpre (quercétine) |
Pour resituer ce flavonoïde dans une approche plus large du vieillissement cellulaire, notre pilier sénescence cellulaire détaille les autres mécanismes en jeu, et notre article sur l’inflammation chronique (inflammaging) développe le lien entre sécrétome sénescent et inflammation systémique. Notre guide sur les télomères aborde un autre marqueur du vieillissement cellulaire étroitement lié à la sénescence.

Protocole et précautions autour de l’apigénine
Aucun protocole de supplémentation en apigénine purifiée n’est validé à ce jour chez l’humain pour freiner la sénescence cellulaire. Les données disponibles se limitent au laboratoire et à l’animal, avec des doses et des voies d’administration qui ne se transposent pas simplement à un usage quotidien.
- Une infusion de camomille de qualité, riche en fleurs, reste un moyen simple d’en intégrer sous forme alimentaire, sans allégation anti-âge à lui attribuer.
- Le persil frais et le céleri, ajoutés régulièrement aux plats, complètent les apports sans risque connu aux quantités culinaires habituelles.
- Les compléments purifiés vendus en ligne dosent parfois plusieurs dizaines de milligrammes par prise, une concentration très supérieure à l’alimentaire, dont la sécurité à long terme n’est pas documentée.
- Une affinité pour les récepteurs GABA-A, à l’origine de l’effet apaisant de la camomille en infusion, justifie la prudence en cas d’association avec des benzodiazépines ou d’autres sédatifs.
Cette prudence s’inscrit dans une approche plus large du ralentissement du vieillissement, détaillée dans notre article sur les 9 stratégies de longévité prouvées, où l’alimentation figure parmi les leviers les mieux étayés.
Questions fréquentes sur l’apigénine
Qu’est-ce que l’apigénine ?
L’apigénine est un flavonoïde de la famille des flavones, présent dans le persil, le céleri, l’origan et surtout les fleurs de camomille. Les recherches sur le vieillissement cellulaire s’y intéressent depuis 2017 pour sa capacité à réduire l’inflammation produite par les cellules sénescentes, sans les détruire, ce qui la distingue des sénolytiques classiques comme la fisétine.
L’apigénine est-elle vraiment un sénolytique ?
Non, au sens strict. Un sénolytique élimine sélectivement les cellules sénescentes, comme le duo dasatinib-quercétine ou la fisétine. Elle agit comme agent sénomorphique : elle laisse les cellules sénescentes en place mais bloque leur sécrétion inflammatoire (SASP) via la voie NF-κB. L’appellation « sénolytique » qui circule à son sujet relève d’un raccourci imprécis.
Quelles études soutiennent l’effet de l’apigénine sur la sénescence ?
Trois travaux principaux : une étude du Buck Institute de 2017 sur des fibroblastes humains sénescents, une étude coréenne de 2015 comparant cinq flavonoïdes chez le rat, et une étude de 2025 identifiant la protéine PRDX6 comme cible moléculaire chez la souris. Aucun essai clinique chez l’humain n’a encore été publié sur cet usage précis.
Où trouve-t-on de l’apigénine dans l’alimentation ?
La camomille en est l’une des sources les plus concentrées, suivie du persil séché, du céleri et de l’origan. Sa faible solubilité limite toutefois l’absorption digestive, et les doses utilisées dans les études animales dépassent largement ce qu’apporte une infusion ou un plat cuisiné courant.
Faut-il se supplémenter en apigénine pour ralentir le vieillissement ?
Aucune donnée clinique ne le justifie à ce jour chez l’adulte en bonne santé. Les compléments purifiés dosent des quantités très supérieures à l’alimentaire, sans documentation de sécurité à long terme. Une alimentation incluant camomille, persil et céleri reste l’option la mieux étayée, en attendant des essais chez l’humain sur la sénescence cellulaire.
Avertissement médical. Les informations de cet article sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas un avis médical. Elles ne remplacent pas une consultation. Demandez conseil à un professionnel de santé avant de modifier votre alimentation, de prendre des compléments alimentaires ou d’entreprendre une nouvelle pratique, en particulier en cas de pathologie, de grossesse ou de traitement en cours. Les compléments alimentaires ne remplacent pas une alimentation équilibrée ni un suivi médical.