La constipation touche environ un adulte sur sept, et sa fréquence augmente nettement après 60 ans. Selles rares, efforts de poussée, impression de ne pas avoir fini : ce trouble du transit a presque toujours des causes identifiables, du manque de fibres aux médicaments pris chaque jour. Voici les 6 causes documentées par la recherche, les signes qui imposent de consulter rapidement et les gestes dont l’efficacité a été mesurée dans des essais contrôlés.
En bref – La constipation chronique est un trouble du transit qui associe des selles rares (moins de trois par semaine), dures ou difficiles à évacuer, depuis au moins trois mois. Elle concerne 14 % des adultes selon une méta-analyse portant sur 261 040 personnes, avec une fréquence plus élevée chez les femmes et chez les personnes âgées. Six causes sont bien documentées après 60 ans : un apport en fibres trop faible, une hydratation insuffisante, la baisse d’activité physique, les médicaments, un défaut de coordination des muscles du périnée et certaines maladies comme l’hypothyroïdie, le diabète ou la maladie de Parkinson. Les fibres, en particulier le psyllium à plus de 10 g par jour pendant au moins quatre semaines, font passer le taux de réponse de 41 % à 66 %. Du sang dans les selles, un amaigrissement inexpliqué ou un changement récent du transit après 50 ans justifient une consultation rapide.
Constipation : définition et critères médicaux
Les médecins parlent de constipation chronique quand le transit pose problème depuis au moins trois mois, avec des premiers symptômes apparus six mois plus tôt. Les critères de Rome IV, publiés par un groupe international de gastroentérologues (Mearin et al., 2016), exigent au moins deux des signes suivants, présents lors de plus d’une selle sur quatre :
- moins de trois selles spontanées par semaine ;
- des efforts de poussée importants ;
- des selles dures ou en petites billes (types 1 et 2 de l’échelle de Bristol) ;
- une sensation d’évacuation incomplète ou de blocage au niveau de l’anus ;
- le recours à des manœuvres manuelles pour évacuer.
Ce cadre évite deux erreurs fréquentes sur la constipation. Aller à la selle tous les deux jours sans gêne n’a rien d’anormal : la fréquence habituelle va de trois selles par semaine à trois par jour. À l’inverse, une personne qui va chaque jour aux toilettes mais pousse longuement peut souffrir d’une constipation dite terminale, liée à l’évacuation plutôt qu’à la lenteur du côlon.
La fréquence de la constipation augmente avec l’âge. Une méta-analyse de 45 études regroupant 261 040 adultes estime sa prévalence mondiale à 14 %, avec un risque multiplié par 2,22 chez les femmes et une hausse régulière au fil des décennies (Suares et Ford, 2011). Une revue de la Mayo Clinic consacrée aux seniors souligne son poids sur la qualité de vie et sur les dépenses de santé (Gallegos-Orozco et al., 2012).
Les 6 causes prouvées de la constipation après 60 ans
Après 60 ans, la constipation résulte rarement d’un seul facteur : deux ou trois causes s’additionnent le plus souvent, sur un côlon dont la motricité ralentit un peu avec l’âge. Les six causes ci-dessous sont celles que les études relient le plus solidement au trouble.
1. Un apport en fibres trop faible
Les fibres retiennent l’eau dans les selles, augmentent leur volume et nourrissent les bactéries du côlon, qui les fermentent en acides gras à chaîne courte capables de stimuler la motricité intestinale. L’Anses recommande 30 g de fibres par jour chez l’adulte, un niveau que la majorité des Français n’atteint pas, ce qui favorise la constipation. Avec l’âge, la baisse de l’appétit, les problèmes dentaires et une alimentation plus molle et plus raffinée réduisent souvent encore cet apport.
2. Une hydratation insuffisante
La sensation de soif s’émousse avec l’âge, et beaucoup de seniors boivent moins pour limiter les levers nocturnes. Un côlon qui reçoit moins d’eau en réabsorbe davantage, ce qui durcit les selles et entretient la constipation. Dans un essai italien mené chez 117 adultes constipés nourris avec 25 g de fibres par jour, boire 2 litres d’eau minérale a augmenté la fréquence des selles et réduit l’usage de laxatifs plus nettement qu’une hydratation libre (Anti et al., 1998). Les participants avaient 18 à 50 ans et l’eau venait en complément des fibres : l’essai ne dit pas si boire davantage suffit seul.
3. La baisse d’activité physique
Le mouvement stimule les contractions du côlon, et la sédentarité qui suit souvent la retraite, une maladie ou une hospitalisation ralentit le transit et favorise la constipation. Une méta-analyse de 9 essais randomisés (680 participants) trouve que l’exercice, surtout aérobie comme la marche ou le qi gong, multiplie par 1,97 la probabilité d’amélioration des symptômes de constipation (Gao et al., 2019). Les auteurs signalent un risque de biais élevé dans les essais inclus : le signal est favorable, son ampleur exacte reste incertaine.
4. Les médicaments
Les traitements du quotidien figurent parmi les causes de constipation les plus fréquentes et les plus faciles à corriger. Dans une enquête norvégienne menée auprès de 4 622 adultes, 13,8 % souffraient de constipation, et le simple fait de prendre des médicaments augmentait la prévalence de 2,5 points ; le furosémide, la lévothyroxine et l’ibuprofène y étaient associés (Fosnes et al., 2011). Les familles le plus souvent en cause :
- les antalgiques opioïdes (codéine, tramadol, morphine) ;
- les médicaments à effet anticholinergique, dont certains antidépresseurs, antihistaminiques et traitements de la vessie hyperactive ;
- les suppléments de fer et de calcium ;
- certains antihypertenseurs, comme le vérapamil et les diurétiques ;
- les antiacides à base d’aluminium.
Après 60 ans, la prise de plusieurs traitements cumule ces effets et aggrave la constipation. Un médicament ne s’arrête jamais de soi-même : le médecin ou le pharmacien peut proposer une alternative ou un ajustement de dose.
5. Un défaut de coordination du périnée
Chez une partie des patients, le côlon fonctionne normalement mais l’évacuation bloque : au moment de pousser, les muscles du plancher pelvien et le sphincter anal se contractent au lieu de se relâcher. Ce trouble, appelé dyssynergie anorectale, se manifeste par des efforts prolongés, une vidange incomplète et parfois le besoin d’appuyer sur le périnée. Cette forme de constipation répond mal aux laxatifs mais bien à la rééducation par biofeedback : dans un essai randomisé de 77 patients, cette technique a corrigé la dyssynergie et augmenté le nombre de selles complètes spontanées davantage qu’une rééducation simulée ou que le traitement standard (Rao et al., 2007).
6. Certaines maladies
Une constipation qui s’installe sans raison apparente peut traduire une maladie générale. Les plus fréquentes après 60 ans :
- l’hypothyroïdie, qui ralentit l’ensemble du métabolisme ;
- le diabète, dont la neuropathie peut atteindre les nerfs du tube digestif ;
- la maladie de Parkinson ;
- la dépression et certains troubles cognitifs ;
- un excès de calcium ou un manque de potassium dans le sang.
Le lien entre constipation et maladie de Parkinson est le mieux documenté. Dans le Honolulu Heart Program, 6 790 hommes de 51 à 75 ans ont été suivis pendant 24 ans : ceux qui allaient à la selle moins d’une fois par jour avaient un risque de Parkinson 2,7 fois plus élevé que ceux qui y allaient une fois par jour (Abbott et al., 2001). Il s’agit d’une association : les auteurs y voient un signe possiblement précoce du processus de la maladie, et non sa cause.

Constipation et santé à long terme : ce que dit la science
La constipation chronique est associée à une mortalité un peu plus élevée, mais les études prospectives ne montrent pas de hausse du cancer colorectal. Dans une cohorte de 3 359 653 vétérans américains, les 7,1 % de patients constipés avaient, après ajustement, une mortalité supérieure de 12 %, un risque de maladie coronarienne accru de 11 % et un risque d’AVC ischémique accru de 19 % (Sumida et al., 2019). Ces chiffres décrivent une association : la constipation peut refléter une santé plus fragile, une sédentarité ou des traitements lourds. Les chercheurs évoquent aussi le rôle du microbiote, détaillé dans notre dossier microbiote intestinal et longévité.
La crainte du cancer revient souvent. Une méta-analyse de 28 études n’a trouvé aucune hausse du cancer colorectal chez les personnes souffrant de constipation dans les enquêtes transversales et les cohortes ; le lien observé dans les études cas-témoins s’expliquerait par un biais de mémoire (Power et al., 2013). Le signal d’alerte n’est donc pas une constipation ancienne et stable, mais un changement récent du transit.
Contre la constipation, la preuve la plus solide concerne les fibres. Une méta-analyse de 16 essais randomisés (1 251 participants) montre que 66 % des personnes répondent à une supplémentation en fibres, contre 41 % dans les groupes témoins ; le psyllium et la pectine sont efficaces au-delà de 10 g par jour et après au moins quatre semaines (van der Schoot et al., 2022). Une seconde synthèse de 23 études (1 714 participants) trouve que les fruits, le kiwi en tête, ajoutent 0,36 selle par semaine par rapport au psyllium, que le pain de seigle fait mieux que le pain blanc et qu’une eau riche en minéraux améliore la réponse au traitement de 47 % (van der Schoot et al., 2024).
| Étude | Population | Résultat principal |
|---|---|---|
| Suares et Ford, 2011 | 45 études, 261 040 adultes | Prévalence de 14 %, plus élevée chez les femmes et avec l’âge |
| Sumida et al., 2019 | 3 359 653 vétérans | Mortalité +12 %, AVC ischémique +19 % (association) |
| Power et al., 2013 | 28 études observationnelles | Pas de hausse du cancer colorectal dans les cohortes |
| van der Schoot et al., 2022 | 16 essais, 1 251 participants | Réponse aux fibres 66 % contre 41 %, au-delà de 10 g par jour |
| Gao et al., 2019 | 9 essais, 680 participants | Exercice : amélioration multipliée par 1,97, biais élevé |
| Abbott et al., 2001 | 6 790 hommes suivis 24 ans | Moins d’une selle par jour : risque de Parkinson x2,7 |
En pratique : quand consulter pour une constipation
Une constipation qui apparaît ou change brutalement après 50 ans, ou qui s’accompagne de sang, d’une perte de poids ou de fortes douleurs, justifie une consultation sans attendre. Ces signes d’alerte doivent faire rechercher une lésion du côlon, une occlusion ou un fécalome, ce bouchon de selles dures fréquent chez les personnes âgées alitées.
| Signe | Ce qu’il peut traduire | Quand consulter |
|---|---|---|
| Ventre gonflé et douloureux, vomissements, arrêt des gaz | Occlusion intestinale | Urgences le jour même |
| Sang rouge ou selles noires | Hémorroïdes, polype, lésion du côlon | Dans les jours qui suivent |
| Amaigrissement inexpliqué, fatigue, anémie | Maladie digestive ou générale | Rapidement, avec bilan sanguin |
| Changement récent et durable du transit après 50 ans | Polype ou cancer à écarter | Rapidement, coloscopie selon avis |
| Diarrhée liquide après plusieurs jours sans selle | Fécalome | Rapidement, surtout en cas de confusion |
| Constipation apparue avec un nouveau traitement | Effet indésirable médicamenteux | Au prochain rendez-vous ou chez le pharmacien |
Le cancer colorectal reste fréquent : 47 582 nouveaux cas ont été recensés en France en 2023 selon Santé publique France. Le programme national de dépistage organisé propose aux 50-74 ans un test immunologique à faire chez soi tous les deux ans, et une coloscopie en cas de résultat positif ou d’antécédent familial.
Hors signe d’alerte, un rendez-vous chez le médecin traitant se justifie si la constipation persiste après quatre semaines de mesures d’hygiène de vie, si des efforts de poussée importants dominent (piste d’une dyssynergie) ou si des laxatifs deviennent nécessaires chaque semaine. Le médecin vérifie l’ordonnance, palpe l’abdomen et peut demander une TSH, une glycémie et un dosage du calcium. Le rôle de l’intestin dans le dialogue entre organes est présenté dans notre pilier communication intercellulaire.
Conseils pour soulager la constipation après 60 ans
Les mesures d’hygiène de vie forment le premier traitement de la constipation, et elles demandent au moins quatre semaines pour montrer leur effet. Les gestes qui s’appuient sur des données mesurées :
- augmenter les fibres progressivement, sur deux à trois semaines, pour limiter les ballonnements ;
- boire environ 1,5 litre par jour, sauf restriction médicale liée au cœur ou aux reins ;
- marcher chaque jour, idéalement 30 minutes, même fractionnées ;
- s’installer aux toilettes à heure fixe, dans la demi-heure qui suit le petit-déjeuner, quand le réflexe gastrocolique est le plus fort ;
- poser les pieds sur un petit tabouret pour se rapprocher de la position accroupie ;
- faire relire son ordonnance par le médecin ou le pharmacien ;
- éviter les laxatifs stimulants au long cours sans avis médical.
| Levier | Ce que montrent les essais | Repère pratique |
|---|---|---|
| Psyllium | Taux de réponse 66 % contre 41 % (16 essais) | Plus de 10 g par jour, au moins 4 semaines, avec un grand verre d’eau |
| Kiwi et autres fruits | +0,36 selle par semaine par rapport au psyllium | Fruits frais à chaque repas |
| Pruneaux | Aussi efficaces que le psyllium dans la synthèse de 2024 | 50 g matin et soir dans un essai de 2011 |
| Pain de seigle complet | +0,43 selle par semaine par rapport au pain blanc | Remplacer le pain blanc |
| Eau riche en minéraux | Réponse au traitement améliorée de 47 % | Une partie des boissons de la journée |
Le psyllium, fibre soluble la mieux étudiée, se prend en dehors des médicaments pour ne pas gêner leur absorption ; ses doses et précautions sont détaillées dans notre article sur le psyllium. Si ces mesures ne suffisent pas, le médecin peut proposer un laxatif osmotique, adapté à un usage prolongé chez la personne âgée. Pour recevoir nos synthèses sur la santé digestive et le bien vieillir, abonnez-vous à La lettre santé.
Questions fréquentes sur la constipation après 60 ans
Combien de jours sans selles est-ce normal après 60 ans ?
Aller à la selle trois fois par semaine reste dans la norme à tout âge. On parle de constipation quand les selles deviennent plus rares, dures ou difficiles à évacuer pendant au moins trois mois. Plusieurs jours sans selle avec ventre gonflé, douleurs ou vomissements, ou une diarrhée liquide inhabituelle chez une personne âgée, imposent un avis médical rapide pour écarter une occlusion ou un fécalome.
Quels médicaments provoquent une constipation chez les seniors ?
Les plus fréquents sont les antalgiques opioïdes, les médicaments anticholinergiques (certains antidépresseurs, antihistaminiques et traitements de la vessie), le fer, le calcium, le vérapamil, les diurétiques et les antiacides à base d’aluminium. Dans une enquête norvégienne de 4 622 adultes, commencer un traitement augmentait la prévalence de la constipation de 2,5 points. Un médicament suspect ne s’arrête pas seul : le médecin peut l’ajuster.
La constipation augmente-t-elle le risque de cancer du côlon ?
Une méta-analyse de 28 études n’a pas trouvé de hausse du cancer colorectal chez les personnes constipées dans les cohortes et les enquêtes transversales. Ce qui doit alerter est un changement récent et durable du transit après 50 ans, du sang dans les selles ou un amaigrissement inexpliqué. Le dépistage organisé propose un test immunologique tous les deux ans entre 50 et 74 ans.
Quels aliments aident vraiment contre la constipation ?
Les essais contrôlés soutiennent surtout le psyllium au-delà de 10 g par jour pendant au moins quatre semaines, le kiwi, les pruneaux, le pain de seigle complet et les eaux riches en minéraux. Dans une synthèse de 23 études, les fruits ajoutaient 0,36 selle par semaine par rapport au psyllium. Les fibres doivent être augmentées progressivement, avec une hydratation suffisante, pour limiter les ballonnements.
Pourquoi la constipation est-elle plus fréquente après 60 ans ?
Plusieurs causes s’additionnent avec l’âge : moins de fibres et d’eau, moins d’activité physique, davantage de médicaments, un plancher pelvien moins coordonné et des maladies comme l’hypothyroïdie, le diabète ou la maladie de Parkinson. Une méta-analyse de 261 040 adultes situe la prévalence à 14 %, avec une hausse régulière au fil des décennies et un risque multiplié par 2,22 chez les femmes.
Avertissement médical. Les informations de cet article sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas un avis médical. Elles ne remplacent pas une consultation. Une constipation accompagnée de sang dans les selles, de douleurs abdominales intenses, de vomissements, d’un arrêt des gaz ou d’un amaigrissement inexpliqué nécessite un avis médical rapide. N’arrêtez et ne modifiez jamais un traitement sans avis médical, et n’utilisez pas de laxatifs de façon prolongée sans conseil d’un professionnel de santé. Demandez conseil à un professionnel de santé avant de modifier votre alimentation ou de prendre des compléments alimentaires, en particulier en cas de pathologie, de grossesse ou de traitement en cours. Les compléments alimentaires ne remplacent pas une alimentation équilibrée ni un suivi médical.