Le zona est le réveil, des décennies plus tard, du virus de la varicelle resté endormi dans un ganglion nerveux. En France, environ 90 % des adultes portent ce virus et près d’une personne sur cinq connaîtra cette réactivation, le plus souvent après 50 ans. La raison principale tient au vieillissement de l’immunité cellulaire. Un vaccin recombinant, recommandé dès 65 ans, réduit fortement ce risque et celui des douleurs qui persistent après l’éruption.
En bref – Le zona est une réactivation du virus varicelle-zona qui provoque une éruption douloureuse sur une bande de peau, d’un seul côté du corps. Le risque augmente nettement avec l’âge : dans une étude de population américaine portant sur 1 669 cas, 68 % des épisodes survenaient après 50 ans. La complication la plus fréquente est la névralgie post-zostérienne, une douleur qui dure des mois. Elle touchait 18 % des patients adultes et 33 % des plus de 79 ans. Le vaccin recombinant adjuvanté, administré en deux doses, réduit ce risque de 97,2 % chez les 50 ans et plus dans l’essai ZOE-50, et sa protection reste à 82 % onze ans après la vaccination. En France, il est recommandé à partir de 65 ans et dès 18 ans en cas d’immunité affaiblie.
Zona : définition d’une réactivation virale
Il s’agit d’une infection causée par le virus varicelle-zona (VZV), un herpèsvirus qui provoque la varicelle lors du premier contact, souvent dans l’enfance. Après la guérison de la varicelle, le virus n’est pas éliminé. Il reste à l’état latent dans les ganglions des nerfs sensitifs, à la sortie de la moelle épinière ou le long des nerfs crâniens.
Des années plus tard, le virus peut se réactiver, descendre le long du nerf et atteindre la peau. Le site public Santé.fr indique qu’environ 90 % des Français hébergent ce virus et qu’environ 20 % d’entre eux connaîtront une réactivation, surtout après 50 ans ou en cas d’immunité affaiblie (Santé.fr, fiche zona). Aux États-Unis, le comité vaccinal ACIP estime qu’une personne sur trois en sera atteinte au cours de sa vie (Harpaz et al., 2008).
On ne peut pas « attraper » la maladie au contact d’une personne qui en souffre. En revanche, le liquide des vésicules contient du virus vivant : un enfant ou un adulte qui n’a jamais eu la varicelle peut la contracter à son contact.
Mécanisme : pourquoi le risque de zona grimpe après 50 ans
Ce risque augmente avec l’âge parce que l’immunité cellulaire spécifique du virus, portée par les lymphocytes T, décline au fil des décennies. Ce phénomène fait partie de l’immunosénescence, l’usure progressive du système immunitaire. Tant que ces lymphocytes restent nombreux et actifs, ils maintiennent le virus à l’état latent dans le ganglion. Quand leur surveillance faiblit, la réactivation devient possible.
Plusieurs situations accélèrent cette perte de contrôle :
- l’âge, facteur dominant : 68 % des cas surviennent après 50 ans dans la cohorte d’Olmsted County ;
- les traitements immunosuppresseurs (chimiothérapie, corticoïdes au long cours, biothérapies, traitements anti-rejet) ;
- les maladies auto-immunes, comme la polyarthrite rhumatoïde ou le lupus ;
- les maladies chroniques fréquentes après 60 ans : diabète, bronchopneumopathie chronique obstructive, asthme ;
- un stress prolongé ou une grande fatigue, cités par Santé.fr comme seuls déclencheurs identifiables dans certains cas.
Lors de la réactivation, le virus enflamme et abîme le nerf qu’il emprunte. Cette atteinte explique la douleur, souvent présente avant même l’apparition des boutons, et la persistance possible de douleurs neuropathiques une fois la peau cicatrisée.
Ce que dit la science : 5 faits prouvés sur le zona
Cinq résultats issus d’études de population et d’essais randomisés résument ce que l’on sait aujourd’hui de cette maladie chez l’adulte de plus de 50 ans.
1. L’âge multiplie le risque et les complications
Une revue systématique de 130 études menées dans 26 pays situe l’incidence du zona entre 3 et 5 cas pour 1 000 personnes par an en Amérique du Nord, en Europe et en Asie-Pacifique, avec des taux d’hospitalisation plus élevés chez les seniors (Kawai et al., 2014). La même revue rapporte un risque de récidive de 1 à 6 %, plus élevé avec un long suivi. Un premier épisode ne protège donc pas définitivement.
2. La douleur qui persiste est la vraie menace
La névralgie post-zostérienne, douleur qui persiste après la cicatrisation de la peau, touchait 18 % des adultes et 33 % des 79 ans et plus dans la cohorte d’Olmsted County, soit 1 669 patients (Yawn et al., 2007). Une méta-analyse de 19 études prospectives associe aussi cette complication à une douleur aiguë sévère (risque multiplié par 2,23), à une éruption étendue (2,63) et à une atteinte de l’œil (2,51) (Forbes et al., 2016).
3. Le risque d’AVC augmente pendant six mois
Une étude britannique de 6 584 personnes, chacune comparée à elle-même, montre un taux d’accident vasculaire cérébral multiplié par 1,63 pendant le premier mois suivant un zona. L’excès de risque diminue ensuite et disparaît après six mois (Langan et al., 2014). Le zona ophtalmique, qui touche l’œil, triplait ce taux entre la 5e et la 12e semaine. Il s’agit d’une association : l’inflammation des artères par le virus est l’hypothèse la plus étudiée, sans preuve de causalité directe.
4. Le vaccin recombinant protège à plus de 90 %
Dans l’essai ZOE-50, 15 411 adultes de 50 ans et plus ont reçu deux doses de vaccin recombinant adjuvanté ou un placebo. Après 3,2 ans en moyenne, 6 cas sont survenus dans le groupe vacciné contre 210 sous placebo, soit une efficacité de 97,2 % (Lal et al., 2015). Chez les 70 ans et plus, l’essai ZOE-70 trouve 89,8 % d’efficacité, et 88,8 % contre la névralgie post-zostérienne en analyse groupée (Cunningham et al., 2016). Le suivi à long terme publié en 2025 montre une protection de 82,0 % la onzième année (Strezova et al., 2025).
5. En vie réelle, la deuxième dose compte
Chez des bénéficiaires américains de l’assurance Medicare âgés de plus de 65 ans, l’efficacité observée du vaccin recombinant atteignait 70,1 % après deux doses, contre 56,9 % après une seule (Izurieta et al., 2021). Elle restait comparable après 80 ans et quand la deuxième dose était reçue au-delà de six mois. Ces chiffres sont plus bas que dans les essais, en partie parce que le diagnostic y est moins strict.
Une piste plus récente concerne la mémoire. Au pays de Galles, l’éligibilité au vaccin dépendait d’une date de naissance précise, ce qui a créé une expérience naturelle. Le vaccin vivant atténué utilisé à l’époque réduisait de 20,0 % en valeur relative les nouveaux diagnostics de démence sur sept ans (Eyting et al., 2025). Ce résultat reste à confirmer et ne justifie pas, à lui seul, une vaccination.
En pratique : qui est le plus exposé au zona et quel vaccin
Les personnes les plus exposées sont les plus de 65 ans et les adultes dont l’immunité est affaiblie, quel que soit leur âge. Une méta-analyse de 62 études chiffre l’effet des autres facteurs, dont le sexe et les maladies chroniques (Kawai et Yawn, 2017).
| Facteur | Risque relatif | Source |
|---|---|---|
| Antécédent familial de zona | 3,59 (rapport de cotes) | Kawai et Yawn, 2017 |
| Lupus érythémateux systémique | 2,10 | Kawai et Yawn, 2017 |
| Polyarthrite rhumatoïde | 1,67 | Kawai et Yawn, 2017 |
| Bronchopneumopathie chronique obstructive | 1,31 | Kawai et Yawn, 2017 |
| Sexe féminin | 1,31 | Kawai et Yawn, 2017 |
| Diabète | 1,30 | Kawai et Yawn, 2017 |
| Âge de 79 ans et plus | Névralgie post-zostérienne chez 33 % des malades | Yawn et al., 2007 |
En France, la vaccination contre le zona est recommandée pour tous les adultes de 65 ans et plus, y compris après un ou plusieurs épisodes, et dès 18 ans en cas de défenses immunitaires diminuées. Elle figure dans le calendrier des seniors aux côtés de la grippe, du pneumocoque et du VRS (Santé.fr, vaccination des seniors). Le vaccin utilisé est le vaccin recombinant adjuvanté, qui ne contient pas de virus vivant.
| Critère | Vaccin recombinant adjuvanté | Vaccin vivant atténué (ancienne génération) |
|---|---|---|
| Composition | Protéine gE du virus et adjuvant AS01B | Virus varicelle-zona affaibli |
| Schéma | 2 doses intramusculaires à 2 mois d’intervalle | 1 dose sous-cutanée |
| Efficacité contre le zona | 97,2 % dès 50 ans, 89,8 % dès 70 ans | 51,3 % dès 60 ans |
| Efficacité contre la névralgie post-zostérienne | 88,8 % dès 70 ans | 66,5 % dès 60 ans |
| Possible si immunité affaiblie | Oui, ne contient pas de virus vivant | Non, vaccin vivant |
| Durée de protection documentée | 82,0 % la onzième année | Suivi médian de 3,1 ans dans l’essai pivot |
Les chiffres du vaccin vivant proviennent de la Shingles Prevention Study, menée chez 38 546 adultes de 60 ans et plus (Oxman et al., 2005). Cette réactivation s’inscrit dans le déclin plus général des défenses, décrit dans notre article sur l’immunité et l’âge. Pourquoi la réponse aux vaccins faiblit avec les années, et comment les formules adjuvantées compensent cette baisse : c’est l’objet de notre dossier vaccination et âge. L’ensemble se rattache à notre pilier altération de la communication intercellulaire, l’un des marqueurs du vieillissement.
| Moment | Ce qui se passe | Ce qu’il faut faire |
|---|---|---|
| Avant l’éruption | Brûlure, picotements ou douleur sur une bande de peau d’un seul côté | Surveiller la zone, consulter si des boutons apparaissent |
| Dans les 72 heures | Rougeur puis vésicules remplies de liquide clair | Consulter sans attendre : un antiviral est plus utile s’il débute dans ce délai |
| 3 à 4 semaines | Les croûtes tombent, la peau cicatrise dans 90 % des cas | Signaler toute douleur qui persiste |
| Au-delà d’un mois | Névralgie post-zostérienne possible | Prise en charge spécifique de la douleur neuropathique |

Conseils : réduire le risque de zona et ses séquelles
Le moyen le plus efficace de réduire ce risque après 65 ans est la vaccination complète en deux doses. Les autres gestes visent à repérer tôt l’éruption et à préserver l’immunité au quotidien.
- Faire le point sur ses vaccins à 65 ans avec son médecin ou son pharmacien, et demander ce vaccin en même temps que la grippe ou le pneumocoque si le médecin le juge adapté.
- Ne pas oublier la deuxième dose, environ deux mois après la première : l’efficacité passe de 56,9 % à 70,1 % en vie réelle.
- En cas de traitement immunosuppresseur prévu, en parler avant de le commencer, car la vaccination est possible dès 18 ans dans cette situation.
- Devant une douleur en bande d’un seul côté suivie de boutons, consulter dans les trois jours ; consulter en urgence si le visage, l’œil ou l’oreille sont touchés.
- Pendant l’éruption, éviter le contact avec les femmes enceintes non immunisées, les nourrissons et les personnes immunodéprimées.
- Entretenir l’immunité par les leviers étudiés dans notre article sur l’inflammation chronique : activité physique, sommeil, alimentation variée, arrêt du tabac.
Les effets indésirables du vaccin recombinant sont fréquents mais brefs. Dans ZOE-50, 17,0 % des vaccinés ont signalé au moins un symptôme de grade 3 (bras douloureux, fatigue, frissons gênant les activités) contre 3,2 % sous placebo. Les événements graves étaient aussi rares dans les deux groupes. Pour recevoir nos prochains articles sur l’immunité, abonnez-vous à La lettre santé.
Questions fréquentes sur le zona
Comment reconnaître un zona au début ?
Un zona débute souvent par une brûlure, des picotements ou une douleur localisée sur une bande de peau, d’un seul côté du corps, deux à trois jours avant l’éruption. La peau rougit ensuite, puis des vésicules remplies de liquide clair apparaissent. Elles sèchent en une semaine environ. Une atteinte du visage, de l’œil ou de l’oreille impose une consultation rapide.
Pourquoi le zona est-il plus fréquent après 50 ans ?
Le zona est plus fréquent après 50 ans parce que les lymphocytes T qui maintiennent le virus de la varicelle à l’état latent deviennent moins efficaces avec l’âge. Dans une étude de population portant sur 1 669 cas, 68 % des épisodes survenaient après 50 ans. Les traitements immunosuppresseurs, le diabète et certaines maladies auto-immunes augmentent aussi ce risque.
Le vaccin contre le zona est-il recommandé si l’on a déjà eu un zona ?
Oui. En France, la vaccination est recommandée à partir de 65 ans, y compris chez les personnes ayant déjà eu un ou plusieurs épisodes, car le risque de récidive atteint 1 à 6 % selon la durée de suivi. Le vaccin recombinant se fait en deux doses espacées d’environ deux mois. Le moment de la vaccination après un épisode récent se décide avec le médecin.
Combien de temps protège le vaccin contre le zona ?
Le vaccin recombinant adjuvanté protège au moins onze ans selon le suivi le plus long publié. Dans l’étude ZOE-LTFU, son efficacité restait de 82,0 % la onzième année après la vaccination, et de 87,7 % sur l’ensemble de la période chez les 50 ans et plus. L’intérêt d’un rappel n’est pas établi à ce jour.
Quelle est la différence entre zona et varicelle ?
La varicelle et le zona sont causés par le même virus. La varicelle correspond à la première infection, généralement dans l’enfance, avec des boutons sur tout le corps. Le zona est la réactivation de ce virus resté latent dans un nerf, souvent des décennies plus tard. L’éruption se limite alors au territoire d’un seul nerf et s’accompagne de douleurs.
Avertissement médical. Les informations de cet article sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas un avis médical. Elles ne remplacent pas une consultation. La décision de vacciner, le choix du moment et la conduite à tenir devant une éruption se prennent avec un médecin ou un pharmacien. En cas de zona touchant l’œil, le visage ou l’oreille, de fièvre importante ou de douleurs insupportables, consultez rapidement. Demandez conseil à un professionnel de santé avant de modifier votre alimentation, de prendre des compléments alimentaires ou d’entreprendre une nouvelle pratique, en particulier en cas de pathologie, de grossesse ou de traitement en cours. Les compléments alimentaires ne remplacent pas une alimentation équilibrée ni un suivi médical.