Instabilité génomique

Radon : faut-il vraiment s’inquiéter de ce gaz chez vous ?

Le radon s’infiltre par les fissures des fondations, s’accumule dans les caves mal ventilées et reste totalement indétectable sans appareil de mesure. Ce gaz radioactif naturel touche tout…

7 septembre 2026 9 min de lecture

Le radon s’infiltre par les fissures des fondations, s’accumule dans les caves mal ventilées et reste totalement indétectable sans appareil de mesure. Ce gaz radioactif naturel touche tout le territoire français à des degrés divers, du Massif Central à la Bretagne, et concerne aussi bien les maisons anciennes que les constructions récentes mal ventilées. Les autorités sanitaires françaises le classent comme la deuxième cause de cancer du poumon après le tabac.

En bref — Le radon est un gaz radioactif naturel, incolore et inodore, issu de la désintégration de l’uranium contenu dans les sols granitiques et volcaniques. Il s’accumule dans les espaces mal ventilés, en particulier les sous-sols et rez-de-chaussée, et représente en France la deuxième cause de cancer du poumon après le tabac selon Santé publique France. Le risque suit une relation linéaire sans seuil identifié : chaque hausse de 100 Bq/m³ augmente le risque de cancer du poumon d’environ 16 %, selon l’analyse groupée européenne de Darby et al. (2005, BMJ, 13 études cas-témoins). Trois zones de potentiel existent pour ce gaz en France, cartographiées commune par commune par l’ASNR. Seul un dosimètre posé plusieurs semaines permet de connaître le niveau réel dans un logement donné, la géologie ne donnant qu’une probabilité.

Qu’est-ce que le radon ?

Le radon-222 provient de la désintégration naturelle de l’uranium et du radium présents dans les roches et les sols depuis la formation de la Terre. Gaz noble incolore et inodore, il remonte à travers les fissures du sol et pénètre dans les bâtiments par les fondations, les canalisations ou les vides sanitaires. À l’air libre, il se dilue sans risque significatif. Dans un espace clos et mal ventilé, il s’accumule et peut atteindre des concentrations élevées, mesurées en becquerels par mètre cube (Bq/m³).

Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) le classe comme cancérogène avéré pour l’humain depuis 1988. L’exposition se fait par inhalation, essentiellement au domicile où l’on passe la majorité de son temps, davantage qu’au travail pour la plupart des personnes.

Comment le radon agit sur les cellules

Le radon lui-même n’est pas le principal problème : ce sont ses produits de désintégration, notamment le polonium-218 et le polonium-214, qui posent un risque réel. Ces particules radioactives se fixent sur les poussières en suspension dans l’air et se déposent dans les bronches lors de l’inhalation. Elles émettent alors des particules alpha qui endommagent directement l’ADN des cellules épithéliales des voies respiratoires, un mécanisme d’instabilité génomique pouvant, à long terme, favoriser l’apparition d’un cancer bronchopulmonaire.

Plusieurs facteurs déterminent son niveau dans un logement :

  • La nature géologique du sous-sol : granite, roches volcaniques et schistes libèrent davantage de ce gaz que les sols sédimentaires calcaires.
  • La qualité de la ventilation : une maison peu aérée retient le gaz au lieu de le renouveler.
  • L’étanchéité des fondations : fissures, joints de canalisations et trappes de visite sont des points d’entrée privilégiés.
  • L’étage occupé : les sous-sols et rez-de-chaussée concentrent davantage le gaz que les étages supérieurs.
  • La saison : les concentrations grimpent en automne et en hiver, quand les fenêtres restent fermées plus longtemps.

Ce que dit la science sur le radon et le cancer du poumon

L’analyse groupée européenne de Darby et al., publiée en 2005 dans le BMJ, a réuni les données individuelles de 13 études cas-témoins et conclut à une augmentation d’environ 16 % du risque de cancer du poumon pour chaque hausse de 100 Bq/m³ de radon domestique, sans seuil de sécurité identifié (Darby et al. 2005, PMID 15613366). La même année, une analyse groupée nord-américaine portant sur sept études cas-témoins (3 662 cas, 4 966 témoins) confirme cette association et la juge cohérente avec les données issues des cohortes de mineurs exposés à de fortes doses (Krewski et al. 2005, PMID 15703527).

Le risque n’est pas identique pour tout le monde : le tabac multiplie l’effet du radon plutôt qu’il ne s’y ajoute simplement. Un fumeur exposé à un niveau élevé de ce gaz cumule un risque de cancer du poumon nettement supérieur à celui d’un non-fumeur exposé au même niveau. Cette synergie explique pourquoi l’Organisation mondiale de la santé le considère comme la deuxième cause de cancer du poumon dans la population générale, et la première chez les non-fumeurs.

En pratique : suis-je exposé au radon chez moi ?

La cartographie du potentiel radon des formations géologiques, établie par l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR, ex-IRSN), classe chaque commune française en trois zones : zone 1 (potentiel faible, bassin parisien, façade atlantique), zone 2 (potentiel faible mais failles pouvant faciliter la remontée du gaz) et zone 3 (potentiel significatif, massifs granitiques et volcaniques du Massif central, de Bretagne, de Corse, des Vosges et de certaines vallées alpines et pyrénéennes). Cette carte donne une probabilité à l’échelle communale, pas une mesure individuelle : deux maisons voisines en zone 3 peuvent afficher des concentrations très différentes selon leur ventilation et leur étanchéité.

Seul un dosimètre posé dans le logement permet de connaître le niveau réel. Pour approfondir la mécanique biologique commune à d’autres agressions cellulaires, l’article sur les télomères et le vieillissement cellulaire détaille comment l’ADN s’use avec les agressions répétées. Cette exposition rejoint d’autres sujets environnementaux abordés dans notre article sur les microplastiques, et se combine dangereusement avec le tabac, dont les effets sont détaillés dans notre article sur le tabac. Pour la classification complète des mécanismes de dégradation de l’ADN, consultez la page pilier instabilité génomique.

Niveaux de radon et actions recommandées
Concentration mesurée Interprétation Action recommandée
Moins de 100 Bq/m³ Niveau bas, situation satisfaisante Aucune action requise, aération courante suffisante
100 à 299 Bq/m³ Niveau intermédiaire Améliorer l’aération et la ventilation quotidiennes
300 Bq/m³ et plus Seuil réglementaire dépassé dans les ERP Diagnostic du bâtiment et travaux de réduction
1 000 Bq/m³ et plus Concentration élevée Travaux prioritaires avec un professionnel qualifié

Protocole pratique pour réduire le radon chez soi

Réduire une exposition domestique ne demande pas toujours de gros travaux. Quelques gestes suffisent souvent à ramener la concentration sous le seuil de vigilance :

  • Tester son logement avec un dosimètre passif posé au moins deux mois, idéalement pendant la période de chauffe (automne-hiver), quand les concentrations sont les plus élevées.
  • Aérer chaque pièce quotidiennement, y compris en hiver : quelques minutes d’ouverture des fenêtres renouvellent l’air et diluent le gaz accumulé.
  • Vérifier et entretenir la ventilation mécanique, en particulier dans les sous-sols, vides sanitaires et caves.
  • Colmater les fissures de dallage, les joints de canalisations et les trappes de visite par lesquels le radon remonte du sol.
  • Éviter d’aménager une chambre ou un bureau au sous-sol en zone 3 sans avoir testé la concentration au préalable.
  • Arrêter le tabac réduit fortement le risque cumulé, la synergie tabac-radon étant multiplicative et non additive.

Au-delà de 300 Bq/m³ dans un établissement recevant du public, un diagnostic par un professionnel qualifié s’impose, avec des travaux ciblés sur l’étanchéité et la ventilation sous dalle.

Questions fréquentes sur le radon

Comment savoir si mon logement est concerné par le radon ?

Consultez la carte ASNR du potentiel des formations géologiques pour connaître la zone de votre commune. Cette carte donne seulement une probabilité : pour connaître le niveau réel dans votre logement, il faut poser un dosimètre pendant plusieurs semaines, quelle que soit la zone.

Le radon est-il dangereux même à faible concentration ?

Oui, selon Darby et al. (2005), le risque de cancer du poumon augmente de façon linéaire dès les faibles concentrations, sans seuil de sécurité identifié. Le risque absolu reste toutefois beaucoup plus faible chez un non-fumeur exposé à des niveaux courants que chez un fumeur exposé au même niveau.

Peut-on sentir ou voir le radon dans une maison ?

Non. Ce gaz est incolore et inodore, totalement indétectable par les sens humains. Seul un appareil de mesure spécifique, comme un dosimètre passif ou un détecteur électronique, permet de le repérer et de quantifier sa concentration.

Combien de temps faut-il pour mesurer correctement le radon ?

Un dosimètre passif doit rester en place au moins deux mois, idéalement entre octobre et avril, car les concentrations varient selon la ventilation et les saisons. Une mesure trop courte ou réalisée en plein été sous-estime souvent le niveau réel du logement.

Que faire si le taux de radon dépasse 300 Bq/m³ ?

Ce seuil réglementaire pour les établissements recevant du public appelle un diagnostic du bâtiment par un professionnel qualifié. Les travaux ciblent généralement l’étanchéité des fondations, la ventilation des sous-sols et parfois l’installation d’un système de dépressurisation du sol.

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Avertissement médical. Les informations de cet article sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas un avis médical. Elles ne remplacent pas une consultation. Demandez conseil à un professionnel de santé avant de modifier votre alimentation, de prendre des compléments alimentaires ou d’entreprendre une nouvelle pratique, en particulier en cas de pathologie, de grossesse ou de traitement en cours. Les compléments alimentaires ne remplacent pas une alimentation équilibrée ni un suivi médical.

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