La DHEA (déhydroépiandrostérone) figure parmi les hormones les plus vendues comme « anti-âge » sur internet, alors qu’elle reste soumise à prescription médicale en France. Produite par les glandes surrénales, cette hormone précurseur décline avec l’âge et suscite depuis les années 1990 l’espoir d’un frein au vieillissement. Les essais randomisés livrent pourtant un verdict plus nuancé : bénéfice net dans certaines situations médicales précises, absence d’effet chez la personne âgée en bonne santé.
En bref — La DHEA est une hormone stéroïde sécrétée par les glandes surrénales, précurseur de la testostérone et des œstrogènes, dont le taux sanguin chute d’environ 80 % entre 20 et 70 ans. En France, elle n’a pas d’autorisation de mise sur le marché et se délivre uniquement sur ordonnance, en préparation magistrale à la dose usuelle de 25 à 50 mg par jour. Chez la personne âgée en bonne santé, les essais contrôlés (NEJM, 2006, n=87) ne montrent aucun bénéfice sur la force musculaire, la composition corporelle ou la qualité de vie. Le tableau change dans deux populations précises : l’insuffisance surrénalienne, où elle restaure le bien-être et la libido, et l’atrophie vulvovaginale de la ménopause, où sa forme intravaginale (prastérone) réduit la sécheresse et les douleurs. Hors de ces indications, l’intérêt réel reste à démontrer et les précautions (cancers hormono-dépendants, foie, grossesse) priment.
Définition : qu’est-ce que la DHEA ?
La déhydroépiandrostérone est une hormone stéroïde fabriquée à 90 % par le cortex des glandes surrénales, le reste provenant des ovaires ou des testicules. Elle circule surtout sous sa forme sulfatée, la DHEA-S, dont le dosage sanguin sert de référence clinique. Elle n’agit pas directement comme une hormone sexuelle : elle sert de précurseur, transformé par les tissus périphériques en testostérone et en œstrogènes selon les besoins locaux.
Sa production suit une courbe caractéristique : quasi nulle chez l’enfant, elle grimpe à l’adrénarche vers 6-8 ans, culmine entre 20 et 25 ans, puis décline régulièrement. À 70 ans, le taux circulant ne représente plus qu’environ 10 à 20 % du pic de jeunesse, un phénomène parfois appelé « adrénopause ». Ce déclin, universel et progressif, a nourri l’hypothèse d’un lien de causalité avec le vieillissement — hypothèse que les essais cliniques n’ont que partiellement confirmée.
Mécanisme : comment agit la DHEA dans l’organisme ?
Une fois sécrétée, elle circule liée à des protéines plasmatiques puis pénètre les cellules cibles, où des enzymes locales (17β-HSD, aromatase) la convertissent en androgènes ou en œstrogènes selon le tissu. Ce mécanisme dit « intracrine » explique pourquoi ses effets varient fortement d’un organe à l’autre et d’une personne à l’autre.
- Peau et muqueuses : conversion locale en œstrogènes, impliquée dans l’hydratation de la muqueuse vaginale.
- Os : effet androgénique et œstrogénique combiné sur le remodelage osseux, avec un impact mesurable mais modeste sur la densité minérale.
- Axe surrénalien : chez les patients dont les surrénales ne produisent plus assez d’hormones, la DHEA orale restaure des concentrations sériques normales de l’hormone et de ses dérivés (sulfate, androstènedione, testostérone).
- Cerveau : elle agit aussi comme neurostéroïde, synthétisée localement dans le système nerveux central, avec un rôle encore mal caractérisé sur l’humeur.
Ce que dit la science sur la DHEA
Chez la personne âgée en bonne santé, l’essai randomisé en double aveugle de Nair et ses collègues (2006, New England Journal of Medicine, n=87 femmes et hommes suivis 2 ans) reste la référence : ni la DHEA ni la testostérone à faible dose n’ont montré d’effet cliniquement pertinent sur la composition corporelle, la performance physique, la sensibilité à l’insuline ou la qualité de vie (Nair et al., 2006). Une méta-analyse de 23 essais contrôlés portant sur 1 188 femmes ménopausées confirme ce constat côté féminin : cette hormone, prise par voie systémique, n’améliore ni le désir sexuel ni les marqueurs métaboliques (lipides, glycémie à jeun, poids, densité osseuse) chez des femmes dont la fonction surrénalienne est normale (Elraiyah et al., 2014).
Le tableau s’inverse dans deux populations où un déficit avéré existe. Chez les femmes souffrant d’insuffisance surrénalienne, un essai croisé contre placebo (n=24) montre que 50 mg de DHEA par jour améliore le bien-être global et la sexualité, tout en abaissant le cholestérol HDL — un effet à surveiller (Arlt et al., 1999). Chez les femmes ménopausées souffrant de sécheresse vaginale et de douleurs lors des rapports, la DHEA intravaginale (prastérone, 6,5 mg par ovule) a démontré une efficacité significative sur ces symptômes précis dans un essai de phase III (Labrie et al., 2016). L’Agence nationale de sécurité du médicament confirme qu’aux doses usuelles de 50 mg ou moins, aucun effet indésirable clinique majeur n’a été rapporté à court terme, tout en soulignant l’insuffisance des données sur l’efficacité anti-âge et les risques d’achat non contrôlé sur internet (ANSM, point d’information).

En pratique : pour qui la DHEA a-t-elle un intérêt réel ?
Son intérêt réel dépend presque entièrement du contexte médical, pas de l’âge seul. Le tableau ci-dessous résume les situations où les données sont solides et celles où elles restent négatives ou insuffisantes.
| Profil | Indication | Niveau de preuve |
|---|---|---|
| Insuffisance surrénalienne (Addison, post-surrénalectomie) | Bien-être, libido, humeur | Favorable, sous suivi médical |
| Femme ménopausée, sécheresse et douleurs vaginales | DHEA intravaginale (prastérone) | Favorable, indication ciblée |
| Personne âgée en bonne santé, sans déficit avéré | « Anti-âge » global, force musculaire | Négatif (essais randomisés) |
| Femme ménopausée en bonne santé | Libido, marqueurs métaboliques | Négatif (méta-analyse de 23 essais) |
| Antécédent de cancer hormono-dépendant | Toute indication | Contre-indiqué |
Autrement dit, elle présente un intérêt réel documenté chez des patients dont le déficit hormonal est prouvé par un dosage sanguin, sous supervision d’un endocrinologue ou d’un gynécologue — pas comme complément d’auto-médication pour ralentir le vieillissement. Sur les autres leviers hormonaux de la longévité, nos dossiers andropause et baisse de testostérone et ménopause et longévité détaillent des approches complémentaires, tout comme notre dossier sur le cortisol élevé, l’autre hormone surrénalienne majeure. Le pilier communication intercellulaire regroupe l’ensemble de nos articles sur la régulation hormonale liée à l’âge.
Protocole et conseils avant d’envisager la DHEA
En France, elle n’a pas d’autorisation de mise sur le marché : elle se délivre exclusivement sur ordonnance, en préparation magistrale réalisée par un pharmacien, ce qui exclut tout achat en parapharmacie ou sur des sites étrangers.
- Bilan préalable obligatoire : dosage sanguin de DHEA-S pour objectiver un déficit réel avant toute prescription.
- Dose usuelle : 25 à 50 mg par jour par voie orale dans les indications validées, le matin, avec réévaluation biologique après quelques semaines.
- Contre-indications : antécédent personnel de cancer du sein, de l’endomètre, de la prostate ou de l’ovaire ; maladie hépatique active ; grossesse et allaitement.
- Effets indésirables surveillés : acné, séborrhée, pilosité excessive, baisse du cholestérol HDL — d’où un contrôle du bilan lipidique en cours de traitement.
- Interactions : traitements hormonaux (contraception, ménopause), anticoagulants ; toujours signaler cette prise à son médecin traitant.
Questions fréquentes sur la DHEA
La DHEA est-elle en vente libre en France ?
Non. La DHEA n’a pas d’autorisation de mise sur le marché en France et n’est pas un complément alimentaire autorisé. Elle se délivre uniquement sur ordonnance médicale, sous forme de préparation magistrale réalisée en pharmacie. Un achat sur internet hors de ce cadre expose à des produits non contrôlés.
La DHEA fait-elle vraiment rajeunir ?
Non, aucune étude sérieuse ne montre qu’elle inverse le vieillissement. Chez la personne âgée en bonne santé, l’essai NEJM de 2006 n’a trouvé aucun effet sur la force musculaire, la composition corporelle ni la qualité de vie. Son intérêt se limite à des déficits hormonaux avérés, pas à un usage anti-âge général.
Quelle est la différence entre les deux formes de DHEA, orale et vaginale ?
La forme orale agit sur l’ensemble de l’organisme et vise un déficit surrénalien global, sous surveillance biologique. La DHEA vaginale (prastérone) cible localement la muqueuse pour traiter la sécheresse et les douleurs liées à la ménopause, avec un passage systémique nettement plus faible et des données d’efficacité plus solides sur cette indication précise.
Quels sont les risques d’une supplémentation en DHEA sans avis médical ?
Les principaux risques concernent les cancers hormono-dépendants (sein, prostate, endomètre), une baisse du cholestérol HDL, des effets androgéniques comme l’acné ou la pilosité excessive, et des interactions avec des traitements hormonaux ou anticoagulants. Un dosage sanguin préalable et un suivi médical réduisent ces risques.
Avertissement médical. Les informations de cet article sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas un avis médical. Elles ne remplacent pas une consultation. Demandez conseil à un professionnel de santé avant de modifier votre alimentation, de prendre des compléments alimentaires ou d’entreprendre une nouvelle pratique, en particulier en cas de pathologie, de grossesse ou de traitement en cours. Les compléments alimentaires ne remplacent pas une alimentation équilibrée ni un suivi médical.