Le ginkgo biloba est l’une des plantes les plus vendues au monde pour soutenir la mémoire, mais les grands essais cliniques randomisés menés depuis 2008 dessinent un tableau plus nuancé que la réputation commerciale. Originaire de Chine, cet arbre millénaire fournit un extrait standardisé (EGb 761) testé chez plus de 5 900 personnes dans deux essais de référence, GEM et GuidAge, pour évaluer sa capacité à retarder le déclin cognitif et la démence. Que reste-t-il de ces promesses une fois les données examinées ?
En bref — Le ginkgo biloba est un extrait de feuilles d’arbre originaire de Chine, riche en flavonoïdes et en ginkgolides, commercialisé comme complément pour soutenir la mémoire et la circulation cérébrale. Les deux plus grands essais randomisés jamais menés sur le sujet, l’étude GEM (DeKosky et al., 2008, n = 3 069) et l’étude GuidAge (Vellas et al., 2012, n = 2 854), n’ont pas montré de réduction significative de l’incidence de démence ou de maladie d’Alzheimer chez des personnes âgées suivies 5 à 6 ans. Les données les mieux étayées concernent plutôt l’anxiété légère à modérée et une légère augmentation du flux sanguin cérébral, mesurée en imagerie. Une revue Cochrane 2022 conclut par ailleurs à une absence de preuve d’efficacité contre les acouphènes. Le ginkgo biloba reste déconseillé aux personnes sous anticoagulants, en raison d’un risque hémorragique documenté par l’ANSM.
Qu’est-ce que le ginkgo biloba ?
Le ginkgo (Ginkgo biloba L.) est la seule espèce survivante d’une famille d’arbres apparue il y a plus de 200 millions d’années, considéré comme un fossile vivant par les botanistes. Ses feuilles en éventail, récoltées puis séchées, servent à produire l’extrait standardisé EGb 761, utilisé dans la quasi-totalité des essais cliniques publiés depuis les années 1990.
Cet extrait est titré en deux familles de molécules actives : environ 24 % de flavonoïdes et 6 % de terpénoïdes (ginkgolides et bilobalide). Cette standardisation compte, car les compléments non titrés vendus sans contrôle de concentration n’ont pas été testés dans les mêmes conditions, et leur effet ne peut pas être déduit des essais cliniques menés sur l’EGb 761.

Mécanisme d’action et composition
Les flavonoïdes de cette plante agissent comme antioxydants, neutralisant une partie des radicaux libres impliqués dans le vieillissement cellulaire. Les ginkgolides inhibent le facteur d’activation plaquettaire, ce qui explique à la fois l’effet vasodilatateur recherché et le risque hémorragique associé à la plante.
- Flavonoïdes (quercétine, kaempférol, isorhamnétine) : action antioxydante et anti-inflammatoire.
- Ginkgolides A, B, C : inhibition du facteur d’activation plaquettaire, effet fluidifiant sur le sang.
- Bilobalide : protection décrite in vitro des membranes neuronales face au stress oxydatif.
- Effet vasodilatateur périphérique et cérébral, mesuré par imagerie de perfusion.
Ce mécanisme nourrit l’hypothèse d’un effet sur l’oxygénation cérébrale, mais un mécanisme plausible en laboratoire ne garantit pas un bénéfice clinique mesurable : c’est ce que les essais cités plus bas viennent trancher.
Ce que dit la science sur le ginkgo biloba et la mémoire
Deux essais randomisés de grande ampleur ont testé le ginkgo biloba contre placebo sur la prévention de la démence, avec un résultat négatif dans les deux cas. L’étude GEM (DeKosky et al., 2008) a suivi 3 069 personnes de plus de 75 ans pendant 6,1 ans sous 240 mg d’EGb 761 par jour : aucune réduction significative de l’incidence de démence, toutes causes confondues, n’a été observée. L’étude GuidAge (Vellas et al., 2012), menée sur 2 854 personnes de plus de 70 ans se plaignant de leur mémoire, a compté 61 cas de maladie d’Alzheimer sous ginkgo contre 73 sous placebo après 5 ans, une différence non significative.
Une revue systématique (Weinmann et al., 2010) portant sur les essais menés chez des personnes déjà atteintes de démence rapporte des résultats hétérogènes selon l’extrait testé et la durée de suivi, sans conclusion univoque en faveur d’un bénéfice cognitif généralisé. Chez des adultes sains, le ginkgo biloba a montré une légère augmentation du flux sanguin cérébral pariéto-occipital (Mashayekh et al., 2011, n = 9, p ≤ 0,001), un signal physiologique qui ne s’est pas traduit par un effet cognitif démontré à large échelle. Sur l’anxiété, un essai contrôlé (Woelk et al., 2007, n = 107) a mesuré une réduction significative des scores d’anxiété après 4 semaines à 480 mg par jour. Une revue Cochrane 2022 (Sereda et al., 1 915 participants) ne trouve en revanche pas de preuve d’efficacité du ginkgo biloba quand l’acouphène constitue la plainte principale.
Pour le Dr Belghiti, « le contraste entre la réputation du ginkgo biloba et la solidité des essais sur la démence illustre un problème fréquent en phytothérapie : un mécanisme biologique plausible ne suffit jamais à prédire un effet clinique, seuls des essais randomisés de plusieurs années le confirment ou l’infirment. »
En pratique : pour qui et pour quoi ?
Le tableau ci-dessous résume la balance bénéfice/preuve de cette plante selon l’indication recherchée, à partir des études présentées plus haut.
| Étude | Population | Durée | Résultat principal |
|---|---|---|---|
| GEM (DeKosky 2008) | 3 069 personnes de 75 ans et plus | 6,1 ans | Aucune réduction de l’incidence de démence |
| GuidAge (Vellas 2012) | 2 854 personnes de 70 ans et plus | 5 ans | Pas de différence significative sur l’Alzheimer |
| Weinmann 2010 (méta-analyse) | Essais chez des patients déments | Variable selon les essais | Résultats hétérogènes, pas de conclusion univoque |
| Mashayekh 2011 | 9 hommes sains de 61 ans en moyenne | 4 semaines | Légère hausse du flux sanguin cérébral |
| Woelk 2007 | 107 patients avec anxiété | 4 semaines | Réduction significative des scores d’anxiété |
| Sereda 2022 (Cochrane) | 1 915 participants souffrant d’acouphènes | Variable selon les essais | Pas de preuve d’efficacité sur l’acouphène isolé |
Le ginkgo biloba ne remplace pas les leviers dont l’effet sur la cognition est le mieux établi : sommeil suffisant, activité physique régulière et gestion du stress chronique. Pour approfondir ces pistes, consultez le pilier Bien-être mental d’UltraSanté, notre article sur la créatine et le cerveau, ou notre dossier sur la cohérence cardiaque contre le stress. Les personnes qui envisagent une plante adaptogène plutôt qu’un extrait vasoactif peuvent aussi consulter notre article sur l’ashwagandha.
- Anxiété légère à modérée : effet mesuré après 4 semaines dans un essai contrôlé, à dose standardisée.
- Prévention de la démence ou de l’Alzheimer chez une personne âgée en bonne santé : non soutenue par les deux plus grands essais disponibles.
- Acouphène isolé : aucune preuve d’efficacité selon la revue Cochrane 2022.
Protocole et précautions d’usage
Les essais cliniques positifs sur l’anxiété et la microcirculation cérébrale utilisent un extrait standardisé EGb 761, dosé à 120–240 mg par jour, réparti en une ou deux prises, sur une durée de 4 à 24 semaines selon les protocoles. Un extrait non standardisé, dont la teneur en flavonoïdes et en ginkgolides n’est pas garantie, ne peut pas être supposé reproduire ces résultats.
- Éviter l’association avec des anticoagulants ou antiagrégants (aspirine, warfarine, anticoagulants oraux directs) en raison d’un risque hémorragique documenté.
- Arrêter la prise plusieurs jours avant une intervention chirurgicale programmée, sur avis médical.
- Éviter en cas de grossesse, d’allaitement ou de trouble épileptique, faute de données de sécurité suffisantes.
- Choisir un extrait standardisé EGb 761 plutôt qu’une poudre de feuilles non titrée.
L’Union européenne encadre par ailleurs la teneur maximale en acide ginkgolique des extraits, une molécule potentiellement allergisante présente naturellement dans la feuille. Selon une lettre de l’ANSM aux professionnels de santé, les propriétés antiagrégantes plaquettaires du ginkgo biloba justifient une prudence particulière chez les patients à risque hémorragique ou sous traitement anticoagulant.
Questions fréquentes sur le ginkgo biloba
Le ginkgo biloba peut-il prévenir la maladie d’Alzheimer ?
Les deux plus grands essais randomisés disponibles, GEM (3 069 participants, 6,1 ans) et GuidAge (2 854 participants, 5 ans), n’ont pas montré de réduction significative de l’incidence de démence ou de maladie d’Alzheimer sous ginkgo biloba par rapport au placebo. Les données actuelles ne permettent donc pas de recommander le ginkgo biloba comme moyen de prévention de la maladie d’Alzheimer.
Le ginkgo biloba améliore-t-il la mémoire chez une personne en bonne santé ?
Les essais menés chez des adultes sains montrent surtout un effet physiologique modeste, comme une légère augmentation du flux sanguin cérébral mesurée en imagerie. Aucun essai de grande ampleur n’a démontré une amélioration cliniquement significative de la mémoire chez des personnes cognitivement saines sans plainte mnésique préexistante.
Le ginkgo biloba est-il efficace contre les acouphènes ?
Non selon les données actuelles. Une revue Cochrane 2022, portant sur 12 études et 1 915 participants, conclut à une absence de preuve d’efficacité du ginkgo biloba lorsque l’acouphène constitue la plainte principale, quelles que soient la dose ou la durée de traitement testées dans ces essais.
Quelles précautions prendre avant de consommer du ginkgo biloba ?
Le ginkgo biloba possède des propriétés antiagrégantes plaquettaires qui augmentent le risque de saignement, en particulier en association avec des anticoagulants ou avant une chirurgie. L’ANSM déconseille son usage chez les femmes enceintes ou allaitantes et recommande un avis médical préalable en cas de traitement anticoagulant en cours.
Quelle dose de ginkgo biloba est utilisée dans les essais cliniques ?
La majorité des essais positifs, notamment sur l’anxiété et la microcirculation cérébrale, utilisent un extrait standardisé EGb 761 dosé entre 120 et 240 mg par jour, réparti en une ou deux prises. Les compléments non standardisés, dont la teneur en principes actifs n’est pas garantie, n’ont pas été testés dans ces conditions.
Avertissement médical. Les informations de cet article sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas un avis médical. Elles ne remplacent pas une consultation. Demandez conseil à un professionnel de santé avant de modifier votre alimentation, de prendre des compléments alimentaires ou d’entreprendre une nouvelle pratique, en particulier en cas de pathologie, de grossesse ou de traitement en cours. Les compléments alimentaires ne remplacent pas une alimentation équilibrée ni un suivi médical.