La tendinite touche le tendon après une surcharge mécanique répétée : coude du joueur de tennis, talon du coureur, épaule du peintre en bâtiment. Le terme désigne depuis les années 1970 une inflammation du tendon, mais l’imagerie et la biologie moderne racontent une histoire plus nuancée, faite de phases successives où l’inflammation n’est ni absente ni omniprésente.
En bref — La tendinite est une atteinte douloureuse du tendon déclenchée par une surcharge mécanique répétée, longtemps assimilée à une simple inflammation mais aujourd’hui mieux comprise comme un continuum de trois états : une phase réactive avec relargage de médiateurs inflammatoires (IL-6, PGE2, substance P), une phase de réparation où le collagène se réorganise mal, et une phase dégénérative où l’inflammation classique disparaît au profit d’un tissu désorganisé. Achille, épicondyle latéral (tennis elbow), coiffe des rotateurs et tendon rotulien sont les sites les plus touchés. Le repos strict prolongé retarde la guérison : la charge progressive, notamment excentrique, reste le traitement le mieux validé par les essais cliniques, loin devant les infiltrations de corticoïdes dont l’effet s’inverse après quelques semaines.
Définition : tendinite, tendinopathie ou tendinose ?
Le vocabulaire médical a changé plus vite que l’usage courant. « Tendinite » suppose une inflammation active du tendon, avec afflux de cellules immunitaires classiques (neutrophiles, puis macrophages) comme dans une entorse fraîche. Or les biopsies de tendons douloureux chroniques montrent rarement ce tableau : peu de cellules inflammatoires, mais un collagène désorganisé, des vaisseaux sanguins anormaux (néovascularisation) et des terminaisons nerveuses qui repoussent dans le tissu abîmé. Ce constat a fait basculer le vocabulaire de la tendinite vers « tendinopathie », terme générique englobant toute douleur et dysfonction tendineuse, quelle que soit la part réelle d’inflammation.
La tendinite garde toutefois un sens précis dans un cas : la phase initiale, dite réactive, qui suit un pic de charge inhabituel (reprise de sport, déménagement, nouvelle raquette). À ce stade, des marqueurs inflammatoires sont mesurables dans le tissu, ce que confirment des biopsies humaines publiées dans l’American Journal of Sports Medicine. Passé ce stade, le tableau devient plus dégénératif que réellement inflammatoire.
Le mécanisme : comment l’inflammation s’installe dans le tendon
Un tendon transmet la force du muscle à l’os par des fibres de collagène de type I alignées comme des câbles. Une charge mécanique brutale ou répétée au-delà de la capacité d’adaptation du tissu déclenche une cascade biologique en plusieurs temps plutôt qu’une réaction unique.
- Phase réactive : les ténocytes (cellules du tendon) perçoivent le stress mécanique et libèrent des cytokines pro-inflammatoires (IL-6, IL-1β), des prostaglandines (PGE2) et des neuropeptides comme la substance P, qui sensibilisent les terminaisons nerveuses et expliquent la douleur précoce.
- Phase de désorganisation (« disrepair ») : le tendon tente de réparer la matrice mais produit du collagène de type III, plus souple et moins résistant, à la place du collagène de type I d’origine. Des vaisseaux sanguins immatures colonisent la zone.
- Phase dégénérative : après des mois de surcharge non résolue, la matrice reste durablement désorganisée. Les cellules inflammatoires classiques se raréfient, mais des macrophages et mastocytes persistent en petit nombre, entretenant une signalisation inflammatoire de bas grade sans le tableau bruyant d’une inflammation aiguë.
Ce modèle en continuum, proposé par les chercheurs australiens Cook et Purdam, explique pourquoi une tendinite peut rester douloureuse des mois après la disparition de toute inflammation visible à l’échographie : la douleur vient alors davantage de la désorganisation structurelle et de la sensibilisation nerveuse que d’un afflux de cellules immunitaires. Une synthèse de l’Inserm sur l’inflammation et la réparation tendineuse confirme ce rôle transitoire de l’inflammation, nécessaire à la cicatrisation mais délétère si elle s’installe durablement.
Ce que dit la science sur la tendinite
Pendant longtemps, la littérature scientifique a présenté la tendinopathie chronique comme un processus purement dégénératif, sans inflammation. Une revue publiée dans le British Journal of Sports Medicine par Rees, Stride et Scott a nuancé cette position : des médiateurs inflammatoires et un infiltrat immunitaire discret sont retrouvés même dans des tendons douloureux depuis longtemps, ce qui rouvre la question du rôle de l’inflammation à toutes les étapes (Rees et al., 2014).
Une étude de biopsies humaines menée par Millar et son équipe a confirmé un infiltrat de mastocytes et de macrophages dès les stades précoces de tendinopathie, un signal en faveur d’une composante immunitaire innée active plus tôt qu’on ne le pensait (Millar et al., 2010). Le modèle du continuum en trois phases, référence encore utilisée en rééducation sportive pour adapter le traitement à chaque stade, provient des travaux de Cook et Purdam (Cook & Purdam, 2009).
Côté traitement, une méta-analyse d’essais randomisés publiée dans The Lancet a comparé les infiltrations de corticoïdes à d’autres approches sur l’épicondylite latérale : soulagement net à 4-6 semaines, mais résultats significativement moins bons à un an que le simple repos relatif ou la kinésithérapie (Coombes et al., 2010). À l’inverse, un protocole de charge excentrique progressive sur le mollet a permis à 15 patients souffrant de tendinopathie d’Achille chronique de retrouver une activité sportive complète après 12 semaines, dans l’un des essais fondateurs de cette approche (Alfredson et al., 1998).
En pratique : où et comment la tendinite se manifeste
Quatre localisations concentrent la majorité des tendinites diagnostiquées en médecine du sport et en médecine du travail. Le tendon d’Achille, l’épicondyle latéral du coude, la coiffe des rotateurs de l’épaule et le tendon rotulien partagent le même mécanisme de surcharge mais des facteurs déclenchants différents.
| Localisation | Nom courant | Cause fréquente | Signe distinctif |
|---|---|---|---|
| Tendon d’Achille | Tendinopathie achilléenne | Course à pied, reprise brutale du volume d’entraînement | Douleur au réveil, raideur les premiers pas |
| Épicondyle latéral | Tennis elbow (épicondylite) | Gestes répétitifs du poignet, outillage manuel | Douleur à la préhension, poignée de main |
| Coiffe des rotateurs | Tendinopathie de l’épaule | Gestes bras au-dessus de la tête, port de charges | Douleur nocturne, arc douloureux à l’élévation |
| Tendon rotulien | Genou du sauteur (jumper’s knee) | Sports de saut et de détente répétée | Douleur localisée sous la rotule à l’effort |
Le point commun de ces tendinites : une charge mécanique qui dépasse, séance après séance, la capacité du tendon à se régénérer entre deux sollicitations. La synthèse de collagène, qui dépend en partie de l’apport en protéines et en vitamine C, conditionne directement cette capacité de réparation. Le pilier Altération de la communication intercellulaire regroupe d’ailleurs plusieurs mécanismes inflammatoires similaires, à retrouver dans notre article sur l’inflammation chronique (inflammaging).
Protocole et conseils pour une tendinite
La prise en charge d’une tendinite ne se limite plus à la formule « repos, glace, anti-inflammatoires » héritée des années 1980. Le tendon a besoin de charge contrôlée pour se réorganiser, pas d’immobilisation totale.
- Réduire la charge sans l’annuler : baisser le volume ou l’intensité de l’activité en cause pendant 1 à 2 semaines, sans arrêt complet, pour ne pas laisser le tendon se déconditionner.
- Introduire un travail excentrique progressif : le protocole popularisé par Alfredson (3 séries de 15 répétitions, 2 fois par jour, sur plusieurs semaines) reste la référence pour le tendon d’Achille et se décline pour d’autres localisations sous supervision d’un kinésithérapeute.
- Réserver les infiltrations de corticoïdes aux poussées très douloureuses, en gardant à l’esprit leur effet défavorable à moyen terme sur la structure du tendon.
- Corriger le geste ou le matériel à l’origine de la tendinite : réglage du poste de travail, changement de chaussures de course, ajustement de la prise de raquette selon la localisation.
- Compter en mois, pas en semaines : la réorganisation du collagène prend généralement 3 à 6 mois ; une amélioration trop lente doit conduire à consulter plutôt qu’à abandonner le protocole.
L’entraînement en résistance après 50 ans illustre bien ce principe : une charge progressive et régulière protège les tendons mieux qu’un repos prolongé, à condition de respecter les phases de récupération entre les séances.
Questions fréquentes sur la tendinite
Qu’est-ce que la tendinite exactement ?
La tendinite désigne une atteinte douloureuse du tendon, déclenchée par une surcharge mécanique répétée. Le terme suggère une inflammation active, mais la recherche montre que seule la phase initiale (réactive) présente un profil réellement inflammatoire. Passé ce stade, les médecins préfèrent parler de tendinopathie, un terme plus large englobant les atteintes chroniques et dégénératives du tendon.
Le repos complet guérit-il une tendinite ?
Non, le repos total prolongé n’accélère pas la guérison et peut même la retarder. Le tendon a besoin d’une charge mécanique contrôlée pour réorganiser ses fibres de collagène. Les protocoles de charge progressive, en particulier le travail excentrique, montrent de meilleurs résultats que l’immobilisation dans les essais cliniques sur la tendinopathie d’Achille et l’épicondylite.
Combien de temps dure une tendinite ?
La phase réactive initiale peut s’atténuer en quelques semaines si la charge est ajustée à temps. Une tendinopathie installée depuis plusieurs mois demande en général 3 à 6 mois de rééducation structurée pour une amélioration nette, parfois davantage pour le tendon d’Achille ou la coiffe des rotateurs. La régularité du protocole compte plus que son intensité.
Les anti-inflammatoires soignent-ils une tendinite ?
Les anti-inflammatoires non stéroïdiens peuvent réduire la douleur à court terme lors de la phase réactive, sans agir sur la cause mécanique ni accélérer la réorganisation du collagène. Les infiltrations de corticoïdes soulagent rapidement mais montrent des résultats moins bons à un an que la kinésithérapie dans plusieurs essais randomisés, notamment sur l’épicondylite.
Quand consulter pour une tendinite ?
Une consultation est recommandée si la douleur d’une tendinite persiste au-delà de deux à trois semaines malgré l’ajustement de la charge, si elle s’aggrave la nuit, ou si elle s’accompagne d’un gonflement marqué ou d’une perte de force. Un avis médical ou kinésithérapique permet d’écarter une rupture partielle du tendon et d’adapter le protocole de rééducation.

Avertissement médical. Les informations de cet article sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas un avis médical. Elles ne remplacent pas une consultation. Demandez conseil à un professionnel de santé avant de modifier votre alimentation, de prendre des compléments alimentaires ou d’entreprendre une nouvelle pratique, en particulier en cas de pathologie, de grossesse ou de traitement en cours. Les compléments alimentaires ne remplacent pas une alimentation équilibrée ni un suivi médical.