Les microplastiques ont été détectés dans le sang, le placenta et le cerveau humains par plusieurs équipes de recherche entre 2022 et 2025. Ces fragments de plastique de moins de 5 millimètres proviennent de la dégradation des emballages, des textiles synthétiques et des objets du quotidien. Cet article fait le point sur ce que les études publiées établissent vraiment sur leurs risques pour la santé, et sur les gestes qui réduisent une exposition mesurable.
En bref — Les microplastiques sont des particules de plastique de moins de 5 mm, ingérées ou inhalées via l’eau, l’alimentation et l’air intérieur. Une étude néerlandaise a détecté du plastique dans le sang de 17 donneurs sur 22 (Leslie et al., 2022). Une étude italienne publiée dans le New England Journal of Medicine a mesuré, chez des patients porteurs de microplastiques dans leurs plaques carotidiennes, un risque d’infarctus, d’AVC ou de décès multiplié par 4,5 sur 34 mois de suivi (Marfella et al., 2024). Une équipe américaine a retrouvé ces particules dans le cortex frontal de cerveaux humains, en concentration plus élevée chez les personnes atteintes de démence (Nihart et al., 2025). L’Organisation mondiale de la santé juge pour l’instant le risque « faible » pour l’eau potable, tout en reconnaissant un manque de données sur l’exposition cumulée. Ces résultats restent des associations statistiques, pas une preuve de causalité directe chez l’humain.
Définition : que sont exactement les microplastiques ?
Un microplastique est un fragment de matière plastique dont la taille est inférieure à 5 millimètres. En dessous de 1 micromètre, on parle de nanoplastique, une échelle suffisamment petite pour franchir certaines barrières biologiques comme la paroi intestinale. Les microplastiques dits « primaires » sont fabriqués directement à cette taille (billes des cosmétiques exfoliants, granulés industriels), tandis que les « secondaires » proviennent de la fragmentation progressive d’objets plus grands : bouteilles, emballages alimentaires, pneus, vêtements en polyester ou en acrylique. L’Anses recense un cocktail de polymères — polyéthylène, polypropylène, PET, polystyrène — retrouvés dans l’eau, le lait, le thé en sachet, les fruits, les légumes et les fruits de mer.
Mécanisme et sources d’exposition
L’exposition humaine aux microplastiques suit trois voies principales : l’ingestion, l’inhalation et, plus marginalement, le contact cutané. Une fois dans l’organisme, les particules les plus fines peuvent franchir la paroi intestinale ou alvéolaire et circuler dans le sang, ce qui explique leur détection dans des tissus éloignés du tube digestif.
- Eau du robinet et eau en bouteille : contamination via les canalisations, le bouchon et le procédé d’embouteillage lui-même.
- Textiles synthétiques : chaque lavage de polyester ou d’acrylique relâche des microfibres dans les eaux usées.
- Contenants chauffés : un récipient en plastique passé au micro-ondes ou rempli de liquide très chaud libère davantage de microplastiques.
- Poussière domestique : mobilier, revêtements et objets en plastique se dégradent lentement et contribuent à l’air intérieur.
- Emballages alimentaires et sachets de thé : certains sachets en nylon ou en PET libèrent des milliards de particules par tasse infusée à haute température.
Les mécanismes biologiques étudiés en laboratoire évoquent un stress oxydatif local, une activation de cellules immunitaires au contact des microplastiques et un possible transport de substances chimiques adsorbées à leur surface. Ces pistes restent documentées surtout in vitro et chez l’animal ; leur portée exacte chez l’humain reste en cours d’évaluation.
Ce que dit la science
Le signal le plus solide à ce jour vient de l’étude de Marfella et son équipe, publiée dans le New England Journal of Medicine en 2024 : sur 257 patients opérés d’une plaque carotidienne, ceux chez qui des microplastiques et nanoplastiques ont été identifiés dans les tissus prélevés présentaient un risque 4,5 fois plus élevé de décès, d’infarctus ou d’AVC après 34 mois de suivi (HR 4,53, IC 95 % 2,00-10,27) (PMID 38446676). Il s’agit d’une association observationnelle, pas d’un essai contrôlé : les patients concernés pourraient partager d’autres facteurs de risque non mesurés.
En 2022, Leslie et son équipe ont mis au point une méthode de pyrolyse couplée à la spectrométrie de masse pour analyser le sang de 22 adultes en bonne santé. Dix-sept échantillons sur 22 contenaient des particules de plastique détectables, avec le PET (bouteilles, textiles) et le polystyrène comme polymères les plus fréquents (Environment International, 2022, PMID 35367073). L’étude ne dit rien de la toxicité de ces microplastiques une fois en circulation, seulement de leur présence.
Plus récemment, Nihart et son équipe ont analysé des échantillons de cerveau, de foie et de rein prélevés en 2016 et en 2024. Les concentrations de microplastiques dans le cortex frontal se sont révélées nettement supérieures en 2024, et plus élevées encore chez les personnes ayant reçu un diagnostic de démence (Nature Medicine, 2025, PMID 39901044). Les auteurs eux-mêmes soulignent qu’un lien de cause à effet avec la démence n’est pas démontré : les personnes âgées ou malades pourraient simplement accumuler davantage de particules au fil du temps, sans que celles-ci provoquent la maladie.
Face à ces signaux, l’Anses rappelle qu’aucune étude n’a encore mesuré l’effet du cocktail réel de microplastiques ingérés au quotidien sur la santé humaine, et que les données de toxicité proviennent surtout de modèles animaux ou cellulaires. L’Organisation mondiale de la santé, de son côté, a conclu en 2019 que les microplastiques présents dans l’eau potable ne présentaient pour l’instant qu’un risque faible, tout en appelant à réduire la pollution plastique par précaution et à combler les lacunes de connaissance sur l’exposition cumulée.
En pratique : faut-il s’inquiéter au quotidien ?
La prudence scientifique s’impose : les études disponibles montrent des associations, pas une chaîne de causalité complète entre exposition alimentaire aux microplastiques et maladie. Le tableau ci-dessous résume les sources d’exposition les plus documentées et les gestes qui les réduisent concrètement, sans transformer le quotidien en liste d’interdits.
| Source d’exposition | Vecteur principal | Geste de réduction |
|---|---|---|
| Eau en bouteille plastique | Bouchon, procédé d’embouteillage | Préférer l’eau du robinet filtrée ou une carafe filtrante |
| Sachets de thé plastifiés | Infusion à haute température | Choisir du thé en vrac ou des sachets en papier non plastifié |
| Contenants chauffés au micro-ondes | Migration accélérée par la chaleur | Réchauffer dans un contenant en verre ou en céramique |
| Textiles synthétiques lavés | Microfibres relâchées dans les eaux usées | Filet à microfibres ou lavage à froid, cycle court |
| Poussière domestique | Usure des objets et revêtements plastiques | Aération régulière et aspiration avec filtre HEPA |
Ce même sujet croise notre article sur les gobelets en carton et en plastique, l’une des sources d’exposition les plus fréquentes et les plus faciles à réduire au quotidien. Les mécanismes de stress oxydatif et d’activation immunitaire évoqués par ces études rejoignent aussi ce que l’on sait de l’inflammation chronique liée à l’âge, rattachée au hallmark du vieillissement lié à la communication intercellulaire. Sur les idées reçues de purification de l’organisme, notre article détox : ce que dit vraiment la science distingue déjà ce que les preuves permettent d’affirmer de ce qui relève du marketing.
Protocole : réduire son exposition sans excès
Aucun protocole ne permet d’éliminer totalement les microplastiques d’un mode de vie moderne. Quelques ajustements simples, cohérents avec les recommandations de précaution de l’Anses et de l’OMS, réduisent néanmoins une part mesurable de l’exposition quotidienne aux microplastiques.
- Filtrer l’eau du robinet plutôt que de consommer systématiquement de l’eau en bouteille plastique.
- Éviter de chauffer des aliments ou des liquides dans un contenant en plastique, même labellisé « compatible micro-ondes ».
- Privilégier le verre, l’inox ou la céramique pour la conservation et le transport des repas.
- Aérer le logement quotidiennement et dépoussiérer régulièrement les surfaces, la poussière étant une voie d’exposition inhalée.
- Réduire la fréquence de lavage des vêtements synthétiques et privilégier des cycles courts à basse température.
Ces gestes relèvent du principe de précaution, pas d’un traitement d’un risque médicalement établi : ils réduisent une exposition mesurée, sans qu’un lien de causalité avec une maladie précise soit aujourd’hui démontré chez l’humain.

Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’un microplastique exactement ?
Un microplastique est un fragment de plastique dont la plus grande dimension est inférieure à 5 millimètres. Il peut être fabriqué directement à cette taille, comme certaines billes cosmétiques, ou provenir de la fragmentation progressive d’un objet plus grand : bouteille, emballage, pneu ou textile synthétique. En dessous de 1 micromètre, on parle de nanoplastique.
Les microplastiques provoquent-ils le cancer ou des maladies chroniques ?
Aucune étude n’a établi de lien de causalité direct entre exposition aux microplastiques et cancer chez l’humain. Les données disponibles montrent des associations statistiques, comme le risque cardiovasculaire accru observé par Marfella et son équipe chez des patients porteurs de plaques carotidiennes contenant des microplastiques. Les mécanismes évoqués (stress oxydatif, inflammation) sont documentés en laboratoire, pas encore confirmés comme cause de maladie chez l’humain.
Comment réduire son exposition aux microplastiques au quotidien ?
Quelques gestes réduisent une part mesurable de l’exposition : filtrer l’eau du robinet, éviter de chauffer des plats dans du plastique, privilégier le verre ou l’inox, aérer et dépoussiérer le logement, et réduire les lavages de textiles synthétiques à haute température. Aucun geste isolé n’élimine totalement l’exposition dans un environnement moderne.
Quelle est la différence entre microplastiques et nanoplastiques ?
Les microplastiques mesurent entre 1 micromètre et 5 millimètres, tandis que les nanoplastiques sont inférieurs à 1 micromètre. Cette différence de taille change leur comportement biologique : les nanoplastiques, plus petits, franchissent plus facilement certaines barrières comme la paroi intestinale ou la barrière hémato-encéphalique, ce qui explique leur détection dans des tissus comme le cerveau.
Avertissement médical. Les informations de cet article sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas un avis médical. Elles ne remplacent pas une consultation. Demandez conseil à un professionnel de santé avant de modifier votre alimentation, de prendre des compléments alimentaires ou d’entreprendre une nouvelle pratique, en particulier en cas de pathologie, de grossesse ou de traitement en cours. Les compléments alimentaires ne remplacent pas une alimentation équilibrée ni un suivi médical.